Pour qui je vis?

Par : Abdelhamid Ben Badis-

Il est du devoir de chaque groupe de gens unis par une action de se comprendre mutuellement. De même qu’ils doivent comprendre la nature de l’action pour laquelle ils s’entraident afin qu’ils évoluent en toute clairvoyance. En effet, certains peuvent se réunir pour accomplir une action tout en ayant des compréhensions différentes, chacun tirera alors d’un côté provoquant ainsi les querelles et l’interruption de l’action. Cela peut même les mener à la scission et à l’animosité. Or, s’ils s’étaient compris d’amblé, ils ne se seraient pas disputés.

Nous, chers frères, qui sommes réunis pour l’éducation et l’enseignement, enseignant et élève, nous devons nous comprendre mutuellement. L’enseignant est celui que les élèves doivent comprendre, et celui-ci doit leur faire comprendre qui il est car c’est lui qui a pris la responsabilité de leur inculquer des idées, des mœurs et des bienséances, et il a inéluctablement un impact sur eux. Il est donc de son devoir de bon-conseiller de leur faire comprendre qui il est pour qu’ils acceptent de le suivre et continuent le chemin avec lui, ou refusent de le suivre et se séparent de lui. Ceux qui l’auront accepté se seront alors réunis autour de quelque chose qui ont profondément compris et pour laquelle ils se seront accordés de persévérer et de s’entraider.

Et je pense que je me suis fait comprendre de ceux qui m’ont rejoint, même si cela s’est produit en peu de temps, car, à chaque occasion, je ne cesse de proclamer l’idée pour laquelle je vis et l’objectif que je m’emploie à réaliser. Aujourd’hui, alors qu’une divergence d’idées apparait parmi ceux qui se sont joint à moi, j’ai pensé qu’il était de mon devoir de vous adresser ce discours synthétisé sous forme d’une question et d’une réponse, puis je ferai suivre ceci de quelques explications et éclaircissements :

Question : Pour qui je vis, moi ?

Réponse : Je vis pour l’islam et l’Algérie.

On pourrait dire : Il s’agit d’une vision étroite, d’un chauvinisme passionnel, d’une erreur de conception de l’action et d’une restriction d’utilité, l’islam n’est pas la seule religion pour les hommes et l’Algérie n’est pas la patrie de toute l’humanité. Toutes les patries humaines ont un droit sur chacun des enfants de l’humanité, et à chaque religion une part obligatoire de respect.

Je dis : Certes, servir l’humanité à travers tous ses peuples, faire preuve de bienveillance envers ces peuples dans leurs patries respectives et respecter leurs idées et leurs orientations est l’objectif que nous visons à réaliser. Nous nous employons à nous éduquer et à éduquer nos fidèles sur ces valeurs. Mais servir directement cette humanité dans sa globalité et lui être utile sans intermédiaire n’est pas une chose aisée, d’où le devoir de penser à des moyens permettant de réaliser ce service et à faire parvenir cette utilité.

Et nous, lorsque nous avons médité l’islam, nous avons trouvé que c’est la religion qui respecte l’humanité dans toute sa diversité. Dieu dit : « Certes, nous avons honoré les fils d’Adam » (17 :70). Elle établit le principe d’égalité et de fraternité entre les peuples et déclare que le but de la diversité des ethnies est la spécification et non pas la préférence et que la seule distinction est en fonction des bonnes œuvres. Dieu dit : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux » (49 :13)

L’islam établit la solidarité humaine générale en déclarant que faire preuve de bonté envers un homme, c’est faire preuve de bonté envers tous, de même que faire du mal à un homme, c’est faire du mal à tous. Dieu : « Quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur terre, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il a fait don de la vie à toute l’humanité » (5 :32)

Il reconnaît les autres religions et confie leur gestion à leurs fidèles. Dieu dit : « A vous votre religion, et à moi ma religion » (109 :6)

Il reconnaît l’existence des lois des différents peuples, attache peu d’importance à la différence entre celles-ci et les appelle à la concurrence dans l’accomplissement des bonnes œuvres. Dieu : « A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allah avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais, Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes œuvres. C’est vers Allah qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergez » (5 :48)

Il établit le principe de la justice d’une manière générale aussi bien avec l’ennemi qu’avec l’ami : « Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes » (5 :8). Par conséquent, il interdit toute transgression d’une manière stricte et générale à l’encontre de l’exécrable et du bien-aimé : « Et ne laissez pas la haine pour un peuple pour vous avoir obstrué la route vers la Mosquée sacrée vous inciter à transgresser » (5 :2). Il ordonne la bienfaisance : « Certes, Allah commande l’équité et la bienfaisance » (16 :90) et commande le dialogue général : « … et dites aux gens de bonnes paroles » (2 : 83).

Lorsque nous savons cela à propos de l’islam, et plus encore – sachant qu’il s’agit de la religion que Dieu nous a donné originellement – nous  sommes convaincus qu’il est la religion de toute l’humanité sans laquelle elle ne pourra connaître ni sauvegarde ni bonheur, qu’on ne peut la servir qu’à travers les fondements de cette religion et qu’on ne peut lui être utile que par sa voie. Nous nous sommes donc engagés à servir l’islam et à diffuser sa guidance, ainsi qu’à servir tout ce qu’émane de lui. Ainsi, si je vis pour l’islam, je vis aussi pour l’humanité, pour son bien et pour son bonheur, dans la diversité de ses ethnies et de ses patries et dans la diversité de ses sentiments et de ses manières de penser. Et nous ne pouvons être ainsi que par l’islam auquel nous croyons et pour lequel nous vivons et œuvrons.

Quant à l’Algérie, c’est ma patrie spécifique. Je suis attaché particulièrement à ses habitants par des liens appartenant au passé, au présent et à l’avenir. Ces liens m’imposent des devoirs spécifiques. D’ailleurs, je ressens profondément que les composantes de ma personnalité sont directement tirées de ma patrie. De même, à chaque fois que j’envisage d’entreprendre une action, j’ai besoin de ma patrie, de ses hommes, de sa situation, de ses douleurs et de ses espoirs. Et par mon action, j’ai été au service de ce dont j’ai eu besoin.

Ce lien direct je le trouve dans mon rapport avec ma patrie spécifique dans toutes les situations et dans toutes les actions. Et je pense que chaque enfant de patrie qui œuvre pour sa patrie doit ressentir ce lien direct avec sa patrie spécifique.

Certes nous appartenons, au-delà de cette patrie spécifique, à d’autres patries qui nous sont chères et qui habitent constamment nos esprits. Mais en œuvrant pour notre patrie spécifique, nous sommes convaincus que nous servons ces patries. C’est en servant notre patrie que nous sommes utiles et profitables aux autres patries.

Parmi ces patries, la patrie la plus proche de nous est le proche Maghreb (Tunisie) et le Maghreb al-Aqsa (Maroc). Avec le Maghreb central (Algérie), il ne forme qu’une seule patrie aux niveaux de la langue, de la foi, des mœurs, de l’histoire et des intérêts. Puis, vient la patrie arabe et musulmane, puis, la patrie de toute l’humanité. Et nous ne pouvons être utile à aucune de ces patries qu’en servant l’Algérie.

Notre patrie spécifique, comme toute patrie spécifique, est comparable à un groupe de personnes ayant des maisons et habitant le même village. Lorsque chacun d’entre eux servira son foyer, l’ensemble des foyers formera un village heureux et avancé. Et quiconque néglige son foyer, négligera à plus forte raison toute autre chose. Plus chacun prendra soin de son foyer, plus le village sera heureux et avancé. Et plus chacun négligera son foyer, plus le village sombrera dans la détresse et la décadence.

Ainsi, lorsque nous servons l’Algérie, nous ne la servons pas au détriment des autres, ni dans le but de nuire aux autres – que Dieu nous en préserve – Nous la servons pour lui faire du bien et pour faire du bien aux patries en contact avec la nôtre, en fonction de leur proximité.

Voici, mes frères, vous maintenant que vous m’avez compris et connu la sublimité de l’idée de vivre pour l’islam et l’Algérie, voulez-vous vivre comme moi pour l’islam et l’Algérie ?

Oui ! Oui ! D’une seule voix.

Répétons tous ensemble : Vive l’islam ! Vive l’Algérie !

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