Il y a sept ans mourait le Cheikh EI-Bachir El Ibrahimi

Par: Malek HADDAD-

Dans l'Algérie profanée meurtrie, souillée, lorsque l'espoir procédait du rêve et que le rêve avait un goût d'utopie, Dans l'Algérie profanée, meurtrie, souillée, lorsque le Passé seul attestait de notre vitalité et qu'un Présent crépusculaire pénombrait notre pays,

Dans l'Algérie profanée, meurtrie, souillée, lorsque la France, après l'agression militaire, après l'agression économique, entreprit de nous anéantir dans notre âme, dans notre esprit, dans notre intelligence, lorsque là France voulut nous fondre et nous confondre dans son a me, dans son esprit, dans son intelligence, dans cette Algérie-là, il apparut alors que l'Islam était devenu notre seule Patrie, notre seule Patrie intacte et des hommes se levèrent pour le dire, pour l'écrire, pour le clamer, pour le proclamer.

Ils faisaient là autant un acte de foi qu'un acte politique, dans cette noble mesure ou la foi devient la motivation suprême, et la suprême finalité d'une action et d'une éthique. Parmi ces hommes qui veillèrent sur la flamme, et la firent lumière, et la firent clarté, et la' firent incendie un matin de Novembre, parmi ces hommes, le Cheikh El-Bachir El Ibrahimi dont l'Algérie a salué le 20 Mai l'anniversaire de sa mort.

Il est des noms que l'on ne prononce et que l'on n'écrit qu'avec infiniment de respect, dans la crainte justement que ce respect ne soit pas à la mesure de l'hommage qu'ils exigent Ben Badis, Tébessi, El-Mili, El Ibrahimi...

Donc, dans cette Algérie profanée, meurtrie, souillée, dans cette Algérie livrée à l'impudence d'un colonialisme triomphant, ivre de sa conquête alors qu'il poussait déjà son chant de cygne, ces hommes, ces Résistants, furent les préfaciers de notre lutte armée, cette lutte armée qui devait restaurer l'Algérie dans sa chair reconquise et dans son âme retrouvée.

Les historiens de demain qui se pencheront sur la personnalité, sur l'œuvre et sur l'entreprise du Cheikh El-Bachir El Ibrahimi seront fascinés par la densité et la multiplicité d'une pensée qui sut transcender son obsession nationale et nationaliste pour imaginer et projeter dans l'avenir une Algérie réhabilitée dans sa culture et raccordée d'avec la civilisation des Temps modernes.

De Damas à Tlemcen, en passant par Tunis et Sétif, dans le climat d'oppression et de répression qui régnait alors, dans la logistique d'une légalité restreinte et d'une clandestinité périlleuse, le Cheikh El-Bachir El Ibrahimi se fit le pèlerin inlassable et le propagandiste talentueux d'une Cause qui s'identifiait dans ses profondeurs avec le Chant Profond de l'Algérie éternelle. Il ne recula devant aucun risque et connut l'univers des prisons, de l'exil, des résidences surveillées.

Dirigeant du Mouvement réformiste après la mort du Cheikh Abdelhamid Ben Badis, son autorité ne cessa de s'étendre à l'Algérie, au Maghreb et à l'Orient Arabe.

C'est souvent le destin de ceux qui se consacrent à une grande entreprise que de ne pas avoir le temps et l'occasion de laisser à la postérité l'œuvre écrite que nous étions en droit d'attendre de leur talent et de leur génie, Leur réflexion d'abord tournée vers l'action est toute mobilisée et leur pensée ne laisse pas de trace écrite à leur mesure.

Que d'œuvres et de chefs-d'œuvre n'auront pas ainsi été signés par le Cheikh El-Bachir El Ibrahimi, traités de philosophie, livres d'histoire, témoignages implacables, et ces poèmes qu'on oublie trop souvent car le Cheikh El Ibrahimi était aussi un poète, un grand poète...

Son œuvre principale aura été en fin de compte son destin qu'il confondit avec celui de son pays, pour une indépendance de lumière dédiée à la gloire de Dieu et à la gloire de l'Algérie. Elle marque une des cimes de notre vie culturelle et le renouveau de sa pensée religieuse, coulée dans la rigueur de son esprit scientifique, annonçait et préparait déjà cette Révolution qu'enfantèrent les Algériens et qui enfantera l'Algérie.


* El Moudjahid (supplément culturel) 21/05/81.


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