Ben BADIS GRANDE FIGURE

Par: Omar Zghiche-

«Nous aspirons, par notre action en faveur du peuple d’Algérie, à servir l’humanité entière. Notre œuvre basée, avant tout, sur le respect de la pensée et de l’idéologie de tous les peuples, vise à aider au bonheur des hommes ».   Ben Badis

C’est grâce à ces nourritures islamiques que Ben Badis pouvait avancer dans le chemin difficile de sa vocation .

Ce sont elles qui lui permettront en effet, d’affronter avec succès les obstacles qu’on s’ingéniait à dresser, nombreux devant lui et, dans les situations pénibles, de résister sans réfléchir aux manœuvres tantôt sournoises, tantôt violentes de ceux qui le combattaient. Et c’est le Moyen Orient qui les lui a données vivifiantes et sublimes, comme aujourd’hui, il les sert de bonne grâce aux élèves formant les missions scolaires envoyées d’Algérie.

Ben Badis, avide d’apprendre, sentait bien qu’au stade de l’enseignement dont il avait bénéficié à la Zitouna, il n’était pas près de posséder toute la science dont il rêvait. Aussi fait-il le voyage d’Égypte pour parfaire son instruction. Là, l’étudiant universitaire allait, pour toute la durée de ses études, se trouver au contact immédiat de la pensée islamique qui se renouvelait sans cesse pour reprendre son aspect de grandeur première et se purifier pour toujours des altérations dont avait affligée les siècles de léthargie.

Le verset coranique redevenait ce qu’il avait été à l’origine, une source de lumière qui guide et qui élève. Il transformait insensiblement sous l’influence salutaire des grands réformateurs de la lignée de Djemal -Eddine–EL-Afghani et du Cheikh Abdou, en un vaste champ d’investigation d’où jaillissent, puissante, efficaces, les éléments générateurs de bonheur et de paix. Il ne frappait plus seulement par la beauté émouvante du verbe, mais il commençait à éblouir également par la majesté de l’esprit qui l’anime.

Aussi le verset coranique se révélait-il à la raison des hommes comme une intarissable source de richesse de toutes sortes. Il devenait par exemple là ou il énonce une obligation un principe de vie dont tout le monde se pénétrait au point de l’appliquer , sans plus attendre la manifestation d’une contrainte extérieure ; et, là ou il oblige à l’effort pour élever notre être, une incomparable puissance de liberté qui libère de la force brutale de la nature , l’instrument qui brise les chaines du conformisme , l’arme infaillible qui détruit le joug du charlatanisme de toutes couleurs, celui surtout qui a tenté, à la faveur de la grande nuit de la décadence, de s’intégrer à la religion.

Ainsi, au moyen de cet enseignement, on apprenait à respecter l’homme sans, pour autant, se laisser aller à lui vouer un culte ou le redouter quelque soit sa puissance et à se rapprocher de lui sans songer à le desservir quelque soit sa faiblesse.

En somme, on était en marche pou accéder à l’ère de justice et le mouvement prenait corps pour la constitution d’une société idéale où, conformément aux données coraniques chacun prend la place qui lui revient en fonction de son mérite . Cependant il faudra attendre l’écoulement de plusieurs décades pour , nonobstant les intrigues de l’impérialisme européen intéressé à perpétuer sa domination , voir aboutir en Égypte, le mouvement qui inaugure cette ère de justice.

Placé au contact de ce mouvement de résurrection, Ben Badis découvrait de cette façon l’ambiance rêvée pour sa formation. Il se trouvait enfin dans le domaine qui allait lui permettre d’exercer d’une manière heureuse l’activité de son esprit et de développer harmonieusement l’ensemble de ses facultés. Il put de la sorte acquérir la science pour laquelle il était venu là, boire à la source du courant d’émancipation , s’imprégner des idées nouvelles et s’initier aux méthodes d’action modernes . Et c’est ainsi que le Cheikh Ben Badis vit se tracer, net, devant lui le chemin qu’il était destiné à parcourir. Si bien qu’à son retour du Moyen –Orient l’Algérie recevait en lui, l’apôtre chargé de la soustraire à torpeur ou l’avait plongée le siècle de l’obscurantisme.

A ce moment le Cheikh Ben Badis était, sans conteste, mur pour l’action et, ayant accédé à l’aide de l’enseignement rapporté de la terre nourricière d’Egypte, au stade supérieur de la pensée, son œuvre allait désormais se situer sur le plan élevé du plus pur humanisme. Mais , aimant l’homme , aspirant à le servir de tout son être , le vénérable Cheikh ne pouvait manquer , pour agir , de prendre position uniquement sur ce terrain là. D’ailleurs, définissant son idéal en termes on ne peut plus clairs, dans un de ses nombreux écrits, le vénérable Cheikh jetait, tout au début de son action , des lumières sur ses intentions , ses aspirations , sur sa mission.

S’interrogent sur l’objet de sa vacation Ben Badis répond qu’il agit pour l’islam et l’Algérie .Puis , faisant la part à autrui de son opinion, il fait observer « quelqu’un pourrait me dire que c’est là une façon rétrograde de concevoir les choses , une façon qui reflète une étroitesse d’esprit , implique un attachement à soi qui confine au chauvinisme et révèle une tendance à l’imiter l’action car, ajouterait –il, l’Islam n’est pas la seule religion de l’Humanité et l’Algérie n’est pas la seule partie de l’homme , alors même que chacune des parties du monde possède sur nous tout un droit certain et que chacune de ses religions mérite une part appréciable de respect ».

Continuant, Ben Badis dit « je répliquerais alors, que c’est précisément notre but que de vouloir servir l’Humanité entière en tous lieux et en toutes circonstances, que de la respecter dans touts les aspects de sa pensée et son idéologie .C’est par ailleurs ce à quoi nous exerçons notre esprit et celui des êtres qui viennent à nous ».

« Mais, fait-il remarquer, il n’est pas aisé de servir dans le vaste domaine du monde, les intérêts des peuples d’une manière directe et sans un moyen efficace qui permette de se rendre utile à tous ».puis le cheikh Ben Badis explique comment et dans quelle idéologie il a découvert ce moyen.

Il dit «  en ce qui nous concerne nous avons, après étude de l’islam , découvert que celui-ci est la religion qui appelle au respect de la personne humaine à quelque peuple qu’elle appartienne et impose ce respect ». Il affirme à ce sujet « nous avons honoré les fils d’Adam ».De même il institue l’esprit d’égalité et de fraternité entre tous les peuples de la terre. Il explique que leur diversité ne vise pas aux choix et ne confère à aucun d’eux un droit quelconque de supériorité sur les autres et que la sélection relève seulement de la grandeur des actes. Là dessus il enseigne « O hommes, , Nous vous avons divisés en communautés et en peuples pour que vous appreniez à vous connaitre les uns les autres , le meilleur d’entre vous est celui qui craint , le plus Dieu » .L’Islam , ajoute Ben Badis appelle tous les peuples à échanger l’acte de bien et à s’entraider parce que procédant de la même origine et attachés pour une même fin par les mêmes liens de parenté proche ou lointaine .Il dit à cet effet « O hommes , craignez Dieu qui vous a crées d’un seul être , puis de cet être tira sa compagne et de leur union permit l’éclosion de l’humanité entière. Craignez Dieu au Nom de qui vous vous demandez mutuellement appui. Respectez les liens de sang ».

Il s’inscrit comme une obligation l’acte de solidarité à l’échelle du monde en précisant que faire le bien à un seul être c’est le faire à l’humanité entière et que lui faire le mal c’est le faire à l’humanité entière. Il dit à ce sujet « celui qui fait périr une âme sans raison, aura comme fait périr l’humanité entière et celui qui la sauve aura comme sauvé l’humanité entière. »

Poursuivant Ben Badis dit « par ailleurs, l’islam prône l’esprit de tolérance puisque effectivement, il reconnait l’existence des autres religions, les respecte et confie l’administration de leurs affaires à leurs fidèles » et la dessus il énonce sans ambages, « vous avez votre religion et j’ai la mienne ». Il approuve les lois de tous les peuples, neutralise l’effet des différences qui s’y peuvent signaler et appelle ces peuples à concourir au bien. Il dit à ce sujet « À chaque peuple nous avons donné une loi et un voie. Si Dieu avait voulu, il vous aurait groupé en un seul peuple. Mais il a voulu voir l’usage que chaque peuple ferait de ce qu’il lui a donné. Rivalisez d’effort pour le bien. Vous retournerez à Dieu Ce jour, il vous rappellera vos actes ».

Il ordonne l’équité à l’égard de tous, à l’égard aussi bien de l’ennemi que de l’ami.

Il dit à cet effet « O croyants, soyez impartiaux quand vous témoignez devant Dieu.

Que le ressentiment contre quelqu’un ne vous détourne par de l’équité. Soyez justes.

Vous vous rapprochez ainsi de la vertu.

D’autre part ajoute Ben Badis : l’Islam interdit l’acte d’agression d’une manière totale tant contre l’ami que contre celui dont ont est détesté. Il affirme à ce sujet « que le ressentiment contre ceux qui vous ont interdisent l’abord de l’oratoire sacré ne vous pousse pas à l’hostilité. » Il appelle aussi à la bienséance en toutes circonstances. Il ordonne à ce sujet « dites aux gens de bonnes paroles ».

A la suite de ces citations Ben Badis ajoute, « quand nous avons pris connaissance de cet enseignement et d’un autre encore plus vaste, nous avons appris que l’Islam au sein duquel Dieu a bien voulu nous faire élever, est indéniablement la religion sans laquelle l’Humanité ne peut assurer son salut et sa prospérité. Aussi avons réalisé qu’on ne peut mieux servir l’Humanité que par le moyen de l’Islam et la mise en application de ses principes. C’est pourquoi nous avons pris l’engagement devant Dieu de consacrer toute notre vie à propager l’Islam, sachant bien qu’ainsi nous agissons pour le plus grand intérêt de l’Humanité. En appelant les hommes, conformément à cet enseignement, à se connaitre et à s’aimer dans le respect de leur doctrine, nous aidons à leur bonheur ».

Abordant ensuite , le chapitre de la seconde partie de sa vocation , Ben Badis dit que l’Algérie est sa patrie première et qu’à ce titre il est attaché à ses habitants par les liens de l’histoire ce qui l’oblige envers eux à des obligations toutes particulières.

« D’ailleurs, fait-il remarqué, je crois que chaque être œuvrant pour le bonheur de sa patrie première ne peut pas se trouver au sein de sa patrie , pris dans les mêmes attaches et astreint aux mêmes obligations que les nôtres.

Puis il ajoute «  nous avons derrière cette patrie, la patrie de la communauté et ensuite la patrie du monde qui nous sont aussi chères et que nous ne perdons jamais de vue, mais qu’il n’est de meilleur façon de servir qu’en nous consacrant, d’abord, à la patrie qui nous a vu naitre ».

Mais, fait-il observer, nous sommes en cela pareils aux membres d’une agglomération où chacun aide à la prospérité de tous en se consacrant d’abord aux intérêts de sa famille propre. La cité prospère en proportion de la désertion dont tout chacun se sera rendu coupable envers sa famille. « Et nous, poursuit-il, en œuvrant au profit de l’Algérie, nous ne cherchons à nuire à Personne (que Dieu nous garde d’une pareille intention ) mais bien au contraire pour la servir , elle , et par delà ses frontières, servir tous les hommes , les plus proches de nous, ensuite les autres ».

Par ce programme d’action le cheikh Ben Badis regarde déjà l’Histoire et par sa mise en œuvre il y entre d’emblé .Mais sa figure ne transparait-elle pas à travers ce texte transcendante et pathétique pour que l’histoire considérée comme une mère ne l’accueille pas comme un de ses fils les plus dignes ?

Libre des entraves de l’atavisme, au – dessus des critères de sentiments ou d’habitude Ben Badis soumet à la manière des grands hommes, la religion de son enfance à un examen sévère. Après étude, il l’adopte convaincu qu’au-dessus de nos faiblesses elle constitue d’une manière certaine l’instrument idéal pour assurer le salut de l’Humanité et garantir sa prospérité. En cela son Islam est pareil à celui du néophyte anglo-saxon qui vient renforcer les rangs de cette religion, convaincu lui aussi, que c’est la religion du monde. Il est semblable à celui du germain, à celui du noir de Dakar ou de Buenos-Aires ou encore à celui lui de l’Italien de Rome ou de Naples. Il ne se différencie point de celui du chinois nouvellement venu à cette religion.

Comme eux tous, Ben Badis adopte l’Islam à la lumière de son enseignement humanitaire. Et c’est pourquoi son œuvre au profit de l’Algérie prendra position sur le terrain le plus propice à aider au rapprochement des hommes et à leur libération de toutes sortes d’entraves.

Elle se placera exactement à l’antipode de celle entreprise au même moment par les obsédés de mythe de la race ou par les »mainteneurs d’empires. »Ceux qui essayaient d’ériger ce mythe en une mystique au moyen de laquelle ils pensaient pouvoir subjuguer leurs foules et par delà leurs foules les peuples du monde. Ceux qui sont exercés à prostituer l’Histoire mais qui n’y entreront pas, tant s’en faut, par la même porte que celle qui s’est ouverte toute large devant le grand Abdel Hamid Ben Badis.

Tandis que , libéré grâce à l’enseignement de Dieu, des forces qui incitent au mal, le noble Ben Badis aidait à l’affranchissement de l’homme , eux les misérables , prisonniers de leur mythe ou de leur « mission », s’attachaient à forger ou à durcir ses chaines . Le dictateur de Berlin , celui de Rome, qui préparaient les fours crématoires, les camps de la mort et autres moyens de détruire l’être humain , le chef d’état de Paris ou de Londres qui s’employaient à conserver ce qu’ils appelaient impudemment le « gâteaux » pour aboutir quelques années plus tard aux massacres de Sétif, de tanarive ou à celui de Nairobi n’auront dans l’Histoire que la place du Tyran, alors que Ben Badis , par ses œuvres pacifiques , occupera à n’en plus douter celle qui revient à l’élu , devant qui toue les êtres réellement civilisés s’inclinent autant avec émotion qu’avec respect.

Le Jeune Musulman

N 21- Mai 1953

assala-dz.net

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