L’Amérique vue par Cheikh Bachir El Ibrahimi

Par: Mohamed Elhadi El Hassani-

Dieu a haussé les oulémas en degrés dans la distinction par rapport aux gens et II les a différenciés selon ce qu’il leur a appris des versets coraniques, les actes de bienfaisance qu’ils ont accomplis et les acquis réalisés par leurs grâces.

Parmi eux, l’imam El Ibrahimi fût la « fierté de l’association des Oulémas d’Algérie » comme l’a qualifié l’imam Ibn Badis, « imam de l’époque, le réformateur rénovateur, admiration des oulémas de l’islam » comme la qualifié le leader tunisien Mohieddine El Klibi.

II est des oulémas auxquels on peut lire et desquels on peut entendre sans que cela ne produise aucun effet sur les esprits ni de vibration dans les cœurs ni d’émotion dans les sentiments comme si on n’a rien lu ni rien entendu.

Alors qu’à l’inverse, des perspectives s’ouvrent à l’esprit de leur lecteur, une vague de sentiments l’envahit et occupent des pans entiers de cet esprit et s’emparent d’une partie du cœur.

El Bachir El Ibrahimi compte parmi ses oulémas :

Vous lisez ses pensés destinées à l’assimilation de la religion, votre foi se raffermira, vous méditez ses idées sur l’éducation, son propos vous attirera et sa pensée vous émerveillera. Vous lirez ses considérations sur la sociologie, vous allez croire qu’il les a toutes saisies et leurs secrets percés et leurs profondeurs sondées. Vous abordez ses opinions politiques vous vous persuadez qu’il mérite de diriger l’humanité.

Les gens se sont accoutumés à l’idée reçue que l’alem religieux ne porte son intérêt que sur la religion et ses fondements, le fikh et ses branches, le coran et ses sciences, le hadith et ses narrateurs et ses contenus textuels .Mais en lisant l’imam El Ibrahimi, on trouvera toutes ses occupations et plus, ce plus ce sont les questions politiques, locales ou internationales. Un écrivain s’est évertué à recenser les écrits politiques de L’Imam El Ibramimi consignés dans son livre (Oyoun El Bassayer),il en trouvé la proportion de 49.41%.(cf.Abdelhamid Bouzina : la construction du style chez El Ibrahimi).

L’intérêt de L’imam El Ibrahimi pour la politique et son engagement dans ses méandres procède de sa double conception de l’islam et de la politique à la fois : « l’islam authentique dans ses multiples aspects n’est que politique dans ses plus dignes expression ». (L’œuvre d’ELIbrahimi, tome4, page260).

L’islam véritable ne fait pas de distinction entre ce qui appartient à Dieu et ce qui appartient à César, comme dit la maxime mais que « Tout est à dieu ».II n’est pas logique ni admission que le musulman accomplie ses devoirs religieux prescrits puis s’enfonce dans les malfaisances. Tous ces comportements relèvent de la politique autant qu’ils ne procèdent de la religion.

Néanmoins, les gens croient en une partie de la religion et renient l’autre partie.

L’imam El Bachir El Ibrahimi est considéré comme l’un des plus illustres oulémas du courant islahiste et salafiste. Néanmoins il perçoit le l’islahisme et le salafisme loin des prismes de nombreux oulémas réformateurs et salafistes qui réduisent la réforme aux questions du dogme, des prières et d’éducation et évitent d’aborder la politique par ignorance ou par manque de volonté, ou animés de convoitise ou par crainte de répression .Tandis que l’imam El Ibrahimi s’est lancé dans les houles de la politique en paroles et en actes.son ultime activité était son communiqué daté le 16 avril 1964ou il avait critiqué la politique des autorités algériennes fondées sur des bases puisées dans des doctrines étrangères tout en les exhortant au retour à nous origines arabo-islamiques, au principe de la choura la justice et la liberté (œuvre de cheikh El Ibrahimi. Tome 5, p.317).A cause de ce communiqué, L’imam a subi et a enduré la répression.

L’intérêt  de l’imam El Ibrahimi pour la politique ne procède pas  d’une ostentation ou d’un dessein d’occuper des fonctions valorisantes, ni animés de convoitise mais en raison de son statut de alem en religion  et « la religion en islam est une politique est la politique est une religion » .

Ils sont – dans sa perception –deux choses qui vont de pair  ou, disons, qu’ils sont la même chose » (l’œuvre. Tom 4, p.171).il affirme ainsi que  l’érudit en politique n’en est pas un. » (L’œuvre.Tom 4, p.170). Bien plus, il élève la politique au rang de la croyance : « notre religion considère la  politique comme une partie de notre dogme.»(L’œuvre.Tome 4, P.261).

J’aimerai aborder quelques vues de l’imam Ibrahimi sur la politique de la grande puissance des temps modernes, les Etats-Unis. Certaines de ses opinions  exposent la politique  américaine du moment, d’autres sont des idées prévisionnelles et prospectives de cette politique et sur l’avenir des Etats-Unis. Les vues de Cheikh El Ibrahimi sur l’Amérique n’étaient pas un simple exercice de spéculation mais il observait les propos des responsables de cet Etat, notait leurs actes, puis il les soumettait à l’examen et à l’analyse avant de s’y prononcer et d’émettre un jugement adéquat. L’avenir a donné raison à ses dires et corroboré ses anticipations.

Le cheikh El Ibrahimi ne s’est pas fié aux paroles de l’Amérique, et n’a pas été dupé de ses slogans. Au moment ou beaucoup de gens – politiciens ou non, intellectuels  ou analphabètes – croyant que les états- Unis incarnent l’espoir des peuples brimés, El Ibrahimi qualifiait ce pays de « faux prophète de la démocratie » qui a mené deux fois en une seule génération, c'est-à-dire lors des deux guerres mondiales . Considérant la participation à ces deux conflits mondiaux comme un soutien de colonialisme, il écrivait : «chaque fois que la force du colonialisme  faiblit, son mur fissurait  et sa fin approchait comme durant les deux dernières guerres, l’Amérique intervient pour lui essuyer les larmes, assurer la réorganisation de son groupe, ravaler son mur et lui injecter des dollars. » D’où les qualifications qu’il lui suggère : «soutien de colonialisme ». II ajoute : «dés que le colonialisme  européen est menacé d’effondrement, l’Amérique se précipite pour lui porter secours. » Ses appels à la liberté des peuples ne sont perçus par El Ibrahimi que comme de simples déclarations qui ne dépassent pas les bouts des lèvres .Les Etats –Unis préparent un asservissement d’un genre nouveau », ces peuples ressemblent à l’assoiffé qui voit dans le mirage de l’eau, dés qu’il s’y approche, il ne trouve rien.

L’Amérique, c’est «  le colonialisme des colonialismes ».

Cette expression comporte plusieurs sens. Le premier est que l’Amérique a hérité les colonies des pays européens, le second est qu’elle est le pur produit du colonialisme.

Ce pays, autrement dit, réunit en lui tous les défauts du colonialisme et ses malfaisances.

Le cheikh El Ibrahimi a émis d’étonnantes idées prévisionnelles qui se sont réalisé aujourd’hui et se dressent comme une vérité palpable. On citera dans cet ordre, ce qu’il a écrit au début des années cinquante du siècle passé, sur l’objectif américain d’étendre son hégémonie en Algérie. II a qualifié les Etats- Unis  de « monstre qui a les pieds à tahran (Téhéran), la main sur Dhahran et garde l’œil sur Wahran (Oran). » Nous citerons aussi, un article qu’il a rédigé au milieu des années cinquante sur les tentatives américaines de mettre à son service la situation géostratégique de l’Algérie et exploiter ses richesses et ce, avant même la découverte  du pétrole : «les américains ont un autre sens de l’odorat mais qui ne flaire que l’odeur de l’or et du pétrole. Ils sont entrainés là ou leur imagination leur indique de l’or et du pétrole,  Et comme l’Algérie et riche de ces deux matières , comment peuvent –t-ils retenir leur salive surtout qu’ils sachent que l’Algérie est la clé de l’Afrique toute entière. »

Un demi siècle après les anticipations d’El Ibrahimi, l’Amérique s’installe dans nos terres dans la passivité.

Sur un autre registre, El Ibrahimi écrivait : «les demandeurs du gaz sont des ghouzates (envahisseurs), les  sociétés traduisent le polythéisme, les capitaux étrangères ont de long cornes. Le pays qui se reconstruit à partir de capitaux étrangers, de main d’œuvre étrangère, de science étrangère est voué à la déchéance. »

Non moins étonnante, une autre vision prospective de Cheikh El Ibrahimi prédisant le déclin des Etats –Unis .II ne l’affirme pas par vœu mais en fondant sa prévision sur la réalité des choses et ses méditations de l’histoire. L’Amérique est une société composite formée de peuples et de races disparates et n’a d’histoire que deux siècles.

Les nations sont comme les édifices, à mesure que leurs piliers s’ancrent en profondeur, ils résistent mieux aux facteurs de la dévastation. «L’Amérique, écrit Cheikh El Ibrahimi, est une mixtion liguée par la loi de l’intérêt et les considérations matérielles, viendra un jour où la haine s’y propagera et c’est le désagrégement. »Scrutant les horizons sombres de l’avenir de leur pays, de nombreux intellectuels américains commencent à prédire le déclin de l’Amérique. Je voudrais citer parmi eux, l’universitaire Paul Kennedy (the rise and fall of great powers : Naissance et déclin des grandes puissances), le sociologue Emmanuel Wallerstein (le déclin de l’Amérique a commencé), auxquels on peut ajouter le français Emmanuel Todd et l’Italien Toni Negri.

 

Cheikh Mohamed El Bachir El Ibrahimi- Le précurseur

(Article traduit de l’Arabe par Noureddine Khendoudi)

assala-dz.net

 

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