Fodil El Ouartilani : Le savant et anti-colonialiste algérien qui a changé le cours de l’histoire du Yémen moderne

Par: Mohamed al-Ahnaf-

Les acteurs du “mouvement constitutionnel” de 1948 -qui a coûté la vie à l’Imam Yahya d’une part et à la fine fleur de l’élite yéménite de l’époque d’autre part- sont unanimes pour reconnaître que le personnage-clé de ce mouvement et sans lequel celui-ci n’aurait jamais vu le jour est l’Algérien al-Fudhayl al-Wartilani. Son rôle essentiel dans la préparation des esprits, l’élaboration du manifeste et l’exécution de ce qu’on appelle désormais la “révolution de 1948est attesté par les historiens comme par les témoins directs de l’événement.

Il n’est pas dans notre intention ici de relater les péripéties de la révolte et de son échec, une vaste littérature nous en dispense. Notre propos consistera à présenter un militant de la première heure du nationalisme qui reste très mal connu au Maghreb comme au Machrek, et subsidiairement à examiner, selon les sources disponibles, l’implication de l’Association des Frères Musulmans égyptiens dans le drame révolutionnaire de 1948. D’aucuns présentent al-Wartilani comme un ‘âlim, versé dans toutes les sciences religieuses, un brillant orateur, un exhortateur sans pareil et jouissant d’une rare capacité de “séduction” ; tandis que d’autres le voient comme un intrigant agent de commerce, cherchant à augmenter sa fortune (Wenner, 1966).

De fait, al-Fudhayl fait partie d’une génération de militants arabes qui ont voué leur vie à la cause de la libération nationale et à la renaissance d’une umma dont la grandeur passée n’avait d’égales que sa décrépitude et son humiliation présentes. Les uns sont bien connus tels Afghani, Kawakibi, Chakib Arslan, et d’autres le sont moins comme le Palestinien M. Ali-Tahir, et le Tunisien Abdel-Aziz Tha‘alibi. Leur champ d’action ne se limitait pas à la patrie qui les a vus naître, mais couvrait tous les terrains où le hasard et les nécessités du combat les appelaient. Et rien n’est plus significatif que l’itinéraire de cet Algérien, d’origine kabyle, se déplaçant entre la France, quelques pays d’Europe, l’Egypte, le Yémen, le Liban et enfin la Turquie où il mourut dans la solitude et l’incognito.

Né en 1908 à Constantine, al-Fudhayl al-Wartilani est issu d’une famille aisée, de tradition lettrée originaire du village kabyle des Bani Wartilan. Il fait ses études au kuttâb, puis à l’école franco-musulmane et dans les institutions religieuses fondées par les Oulémas de sa ville natale. Il s’inscrit à la Zaytûna de Tunis et fait partie de l’entourage de Cheikh Abdelhamid ibn Badis fondateur de l’Association des Oulémas algériens, qu’il prend pour maître. Aussi fait-il partie de cette association dès sa création en 1931 et en devient-il l’un des apôtres et combattants. Vers 1934, il est délégué par ses aînés pour aller en France prêcher les idéaux du réformisme musulman, d’Afghani, Abduh et Rachid Ridha, que certains orientalistes désignent comme wahhabite, mais aussi pour initier les milieux de l’immigration de la région parisienne (qui représente la moitié de la communauté algérienne en France) à l’idée nationale algérienne.

Il fonde une dizaine d’associations et de clubs où l’on apprend la langue arabe, l’histoire musulmane, les règles élémentaires de la religion et de la morale, et les rudiments du nationalisme, inséparable de l’arabisme et de l’islam. Ainsi il crée l’Association pour la prédication et l’éducation (Jam‘iyyat al-da‘wa wa-l-tahdhîb) et l’Association musulmane en France (al-Jam‘iyya al-islâmiyya fî faransâ) et il participe au Congrès musulman algérien du Docteur Benjelloul à Paris (1936). Rien ne semble confirmer ni infirmer l’idée qu’il s’est inscrit à la Sorbonne, comme l’avance Leigh Douglas (Douglas, 1987, p.53), à partir du témoignage de M.A. Nu‘man. Son activité apostolique et militante le rend très vite suspect aux yeux des autorités françaises qui cherchent désormais à le neutraliser. Se sentant menacé, il se réfugie clandestinement en Suisse, passe en Allemagne, se rend en Italie sous prétexte de rencontrer personnellement le Duce, s’enfuit en Grèce pour enfin arriver à Port-Saïd en Egypte, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, “sain et sauf et à l’abri des méfaits et de l’agression des Français” (Thalâth Wathâ’iq, 1985, p.276).

Il s’inscrit aussitôt à al-Azhar pour justifier son séjour au Caire et échapper à la persécution des Anglais, lesquels, sur dénonciation française, pouvaient l’accuser d’intelligence avec les forces de l’Axe. Il obtient la ‘Alimiyya2 et poursuit des études spécialisées d’abord à la Faculté de théologie (Usûl al-dîn) puis à celle de la Sharî‘a. Pendant ce temps il ne cesse son combat pour la cause nationale. En 1941, il est présenté comme le “président de la Mission des étudiants algériens au Caire” (al-Râbita al-‘arabiyya du 1.1 1941 in Douglas, 1987, p.53) ; en 1942, il fonde le “Comité de défense de l’Algérie” (Lajnat al-difâ‘ ‘an al-djazâ’ir) et en devient le secrétaire général ; en 1944, il participe avec le Tunisien Muhammed al-Khidhr ibn Husayn (et non Muhammad al-Husaynî comme l’écrit Douglas, op cit. p.53), à la création du “Front de défense de l’Afrique du Nord” (Gabhat al-difâ‘ ‘an ifrîqiya al-shamâliyya). Pendant ce temps il fréquente assidûment le siège central des” Frères Musulmans”, celui des “Jeunes Musulmans” (al-Shubbân al-muslimûn) et le cercle politico-intellectuel de Shakib Arslan et du journaliste Muhammad Ali-al-Tahir, c’est-à-dire le point de ralliement de l’ensemble des mouvements de libération arabe, au Maghreb comme au Machrek.

C’est donc au début des années 40 que al-Fudhayl al-Wartilani rencontre les jeunes Yéménites envoyés en Egypte pour poursuivre leurs études à al-Azhar ou à Dâr al-‘Ulûm, notamment Muhammad Ahmad Nu‘mân et Muhammad Mahmud al-Zubayri3. Très vite il les subjugue par son savoir, son éloquence, son dynamisme et son dévouement pour la cause de l’arabisme et de l’islam. Nu‘man souhaite l’envoyer au Yémen pour convaincre l’Imam Yahya d’entreprendre des réformes, mais c’est lui qui arrive à convaincre Nu‘man de rentrer dans son pays pour répondre aux sollicitations du prince héritier, Ahmad, gouverneur de Taez,”pour les intérêts communs des Yéménites libres et des Frères Musulmans” (Douglas, 1987, p.53-54). Nu‘man regagne le Yémen en février 1941, bientôt suivi par M.M. Al-Zubayri, Muhi-al-din al-Ansi et Ahmad al Hawrash. Seul M.S. al-Masmari demeure en Egypte pour garder le contact avec l’association de Hassan al-Banna.

Encore envoûté par al-Wartilani et les milieux islamistes du Caire, al-Zubayri rédige un “Programme pour le commandement du bien et le pourchas du mal” (barnâmaj al-amr bi-l-ma‘rûf wa-l-nahy ‘an al-munkar) et s’engage dans une campagne de propagation des idées du manifeste, à travers une série de discours prononcés dans les mosquées de Sana’a. Après quelques tergiversations, l’Imam Yahya finit par l’envoyer en prison. al-Zubayri considérait alors F. al-Wartilani comme la plus grande personnalité qu’il lui fût donné de rencontrer au Caire (Shâmî,1985, p.199).

Bien que nous n’ayons pas de témoignages directs, il semble que al-Wartilani soit resté le trait d’union entre les Yéménites libres et les Frères Musulmans, et que ce soit lui qui tenait Hassan al-Banna au courant des affaires du Yémen. Après le départ de Nu‘man et al-Zubayri à Aden en 1944 et la constitution du Parti des Yéménites libres (Hizb al-Ahrâr) puis de la “Grande association yéménite” (Al-Jam‘iyya al-yamaniyya al-kubrà) en 1946, les Frères égyptiens n’ont pas hésité à se faire l’écho des protestations et des déclarations des révolutionnaires yéménites, dans leurs publications ou celles qui leur sont apparentées.

Ainsi le 5 mai 1946, al-Sadâqa publie un télégramme envoyé à l’Imam Yahya où il est dit : “Au nom de l’arabisme et de l’islam espérons un juste traitement pour les jeunes et les Oulémas du Yémen détenus et leur prompte libération … “. Il est signé, entre autres, par al-Fudhayl al-Wartilani (secrétaire du Front de défense de l’Afrique du Nord), Salah Harb Pacha (président de l’Association des Jeunes Musulmans) et Hassan al-Banna (Guide général des Frères Musulmans).

8Les journaux cairotes al-Kashkûl al-jadîd et Minbar al-sharq publient de violents articles qui dénoncent le caractère primitif, despotique et inhumain du régime de l’Imam Yahya, où n’existent “ni libertés, ni garanties personnelles, ni shûrà, ni élection” . (Manqûsh, 1979, p.190-191). Lors d’une réunion à Sana’a, al-’Ansi, de retour du Caire, confirme l’hostilité des Frères Musulmans au système de gouvernement yéménite qui ne représente pas l’islam, mais le déforme et le corrompt ; aussi ont-ils décidé de le combattre. Cet appui des Frères Musulmans aux Yéménites libres était considéré comme un grand acquis pour ces derniers. (Témoignage d’Abd-al-Salam Sabra in Thawra, p.376-378).

Les relations reprennent officiellement entre les Frères Musulmans et l’opposition yéménite, lors du pélerinage de Hassan al-Banna en 1365-1946. Celui-ci rencontre par hasard Qadi Abdallah Shammahi envoyé par Sayyid Abdullah al-Wazir et Sayyid Ahmad al-Muta‘ (chef de Hay’ât al-Nidhâl) pour solliciter l’appui du roi Ibn Saoud à un éventuel changement de régime au Yémen. Les deux hommes “se mettent d’accord pour une coopération entre les Frères et les organisations yéménites, et al-Banna tint sa promesse” (Shammahi ; 1972, p.200-202).

Cependant, c’est avec l’arrivée de l’Emir al-Badr, fils du prince héritier Ahmad au Caire pour y suivre des soins, que les portes du Yémen vont s’ouvrir aux Frères Musulmans. Un témoignage capital du secrétaire particulier d’al-Badr, le Qadi Salih Muhsin, nous l’apprend. Il dit qu’al-Badr rencontre Hassan al-Banna lors d’une des conférences que les Frères organisent régulièrement à leur siège et leurs relations deviennent de plus en plus étroites. Le prince fut même invité par al-Banna au Fayyoum où ils passèrent “une agréable journée” (Thawra, 1982, p.373). Puis Salah Muhsin et Badr firent la connaissance d’al-Fudhayl al-Wartilani qui ne cessera de leur rendre visite et de multiplier les discussions sur les affaires du monde musulman et du Yémen.

Il était souvent accompagné de Hadj Muhammad Salim, ami d’al-Banna et propriétaire de l’une des plus importantes sociétés de transport en Egypte. Lors de ces rencontres, al-Badr fut convaincu de la nécessité de travailler avec les Frères, et de là est née l’idée d’un voyage qu’al-Wartilani entreprendrait au Yémen pour fonder une société commerciale pour le compte de Hadj M. Salim al-Badr a promis aussi de faciliter l’arrivée d’une mission d’enseignants égyptiens au Yémen, tandis que les Frères s’engagèrent à recruter leurs membres les plus sûrs pour en faire partie. Al-Badr réussit à convaincre l’Imam, dont l’aversion pour tout ce qui est étranger, fût-il arabe et musulman, est légendaire, d’autoriser al-Fudhayl à visiter le Yémen, en tant qu’homme de savoir, d’éloquence et de combat (Thawra, p.347).

Al-Wartilani arrive à Aden où il entre en contact avec les dirigeants de la Grande association yéménite et gagne Taez en avril 1947. Le motif officiel de la visite est la création d’une société commerciale yéménite, avec la participation de Hadj M. Salim, en vue de développer le commerce extérieur du Yémen, dominé par des compagnies étrangères. Cette visite ne manque pas d’inquiéter les autorités britanniques d’Aden qui voient en al-Wartilani un agent de la Ligue arabe (Douglas, 1987, p.127). Accompagné de l’archéologue Ahmed Fakhry, lui-même Frère Musulman, al-Fudhayl pénètre dans l’entourage du prince héritier à Taez et subjugue tout le monde.

Il est reçu par les jeunes “contestataires” de la ville et sur le conseil de l’un d’entre eux, il met une “jebba” et un turban avant de prononcer son premier discours à la mosquée al-Muzhaffar. Puis il rend visite au prince Ahmad et gagne aussitôt sa confiance (voir le récit de la visite à Taez par Qadi Muhammad Rabi, in Thawra, p 374.). Celui-ci l’autorise à faire une série de conférences et de causeries littéraires et religieuses auxquelles assiste une jeunesse nombreuse assoiffée de savoir et de nouveautés. Mais surtout il intercède auprès de son père, l’Imam Yahya pour qu’al-Wartilani puisse visiter Sana’a et être reçu par lui. Ce que l’Imam finit par accepter. Outre l’Emir al-Badr et son père Ahmad, al-Wartilani connaît désormais personnellement les principaux acteurs de l’opposition : la direction du mouvement d’Aden, les membres des cercles de Taez et d’Ibb ; et il ne lui reste plus qu’à rencontrer les personnalités de Sana’a et l’Imam Yahya en personne. Il est accompagné par M. A. al-Shâmî, proche du prince héritier, poète et sympathisant de l’opposition, malgré sa brouille avec Nu‘man et al-Zubayri à Aden.

Al-Shâmî est littéralement ensorcelé par al-Wartilani et il ne le quittera plus durant tout son séjour. Il est le témoin oculaire de toutes les démarches et interventions de l’envoyé algérien (Shâmî, 1985). Certains vont même jusqu’à l’accuser d’avoir été chargé par le prince héritier de l’espionner. Mais le dithyrambe qu’il réserve à son maître et ami et sa participation au mouvement le lavent de ces soupçons.

Al-Fudhayl rencontre tous les responsables de l’Etat, tous les grands Oulémas, toutes les têtes de l’opposition et tous ceux qui souhaitent un changement de régime, y compris des commerçants et des chefs de tribus. Il est clair qu’à l’époque l’idée républicaine était quasi-étrangère à la région, a fortiori au Yémen où la tradition zaydite permet de pallier cette option par la sévérité des conditions d’éligibilité de l’Imam. Les témoignages recueillis dans l’ouvrage commémoratif de la révolution de 1948 (Thawra, p.337-436) sont unanimes : personne n’a pensé instaurer un régime républicain pour remplacer celui de l’Imam Yahya. Aussi fallait-il d’une part trouver la personne idoine7, et d’autre part élaborer une charte qui puisse servir de programme et de statut fondamental pour tous ceux favorables au projet de changement.

L’idée initiale était de tout mettre en place et attendre la mort naturelle de l’Imam Yahya pour passer à l’exécution les dispositions unanimement acceptées. C’est ainsi qu’est née l’idée du pacte national, imaginée par al-Fudhayl al-Wartilani et approuvée par tous ses interlocuteurs de l’opposition.

15 Pendant ce temps, le chef maghrébin ne devait pas oublier l’objet officiel de sa mission, à savoir la création d’une société commerciale. Al-Wartilani a rencontré l’Imam Yahya, lui a parlé de son projet et a esquissé l’idée d’une réforme générale à apporter à l’Etat du Yémen. L’Imam demande alors à al-Wartilani de rédiger des lettres à M. Salim et à Hasan al-Banna, pour les mettre au courant de ses démarches, et un rapport détaillé sur ses intentions, et charge son secrétaire Sayyid Husayn al-Kibsi, réformiste convaincu et complice des agissements d’al-Wartilani de suivre l’affaire. Celui-ci adresse un long rapport à l’Imam, où il commence par le remercier d’avoir daigné le recevoir et l’écouter et lui dit qu’il est heureux d’obéir à ses ordres, “pour le bien de votre royaume bienheureu “(Thalâth Wathâ’iq, 1985, p.279-280). Le texte d’al-Wartilani est un chef-d’oeuvre de prudence, de courtoisie et de pédagogie, où se mêlent aux données élémentaires savoir religieux, science économique et politique, et où la description suppose un projet de réformes et de transformation.

Après une introduction sur l’état désolant du Yémen, comparé à son état florissant décrit dans le Coran, al-Wartilani dit que la richesse essentielle de ce pays est l’agriculture. Or, même s’il n’est pas “ingénieur agricole” (ibid., p.285), l’auteur a pu apprendre et constater de ses propres yeux que 75% des terres n’étaient pas cultivées et que 25% l’étaient de façon fort “insuffisante”. Pourtant la terre du Yémen est fertile et bonne pour moult cultures (le café d’abord, puis le tabac, le coton, la soie, le ricin et même le caoutchouc, sans compter les céréales, les palmiers dattiers, etc.), à partir desquelles on peut développer toute une industrie agro-alimentaire (ibid., p.288).

Puis, après avoir énuméré les richesses minières du pays, il conseille à l’Imam de ne rien concéder aux compagnies étrangères avant d’avoir consulté les experts arabes ; le pétrole représente une perspective de revenus fabuleux : “On dit peut-être avec quelque exagération, que la part qui revient à sa Majesté Ibn Saoud du pétrole saoudo-américain est égale à 20000 guinées par jour, soit plus de 6,5 millions de guinées par an”. Pour les industries, on peut d’ores et déjà envisager celles du savon, des peaux, des laitages, des textiles, du verre, du ciment, etc… Dans tout cela, l’essentiel est de disposer d’experts qualifiés d’abord “dans les affaires de la vie en général”, puis dans différentes branches de la science, de la technique et de l’administration.

Al-Wartilani, armé de sa “fidélité à sa Majesté”, conseille ensuite à l’Imam d’instaurer une assemblée consultative (Majlis shûrà), pour le soulager du lourd fardeau qui pèse sur ses épaules. En effet, le monde vit à l’heure de la Shûrà et “nous ne pouvons nous passer de marcher avec le monde, dans tout ce qui n’est pas contraire à notre religion, en vue de prévenir ses méfaits et sa tyrannie” ; de fait c’était là la conduite du prophète, “votre aïeul”, elle-même recommandée par le Coran.

Comme premières mesures pratiques, al-Wartilani conseille la nomination de représentants diplomatiques, notamment en Egypte, et de ne pas hésiter à demander les services des diplomates arabes pour représenter les intérêts du Yémen dans les pays d’Europe. Quant aux voies de communications, elles ressemblent aux artères qui charrient le sang et maintiennent le corps en vie. Elles sont nécessaires pour le maintien de l’ordre et de la sécurité. Aussi faut-il au plus vite se procurer un ou deux avions afin de communiquer avec l’extérieur et faciliter l’arrivée des experts arabes ; faut-il développer l’usage de la station radio existant à Sana’a et en faire le moyen adéquat de communication avec le peuple et avec l’étranger.

Dans tout cela, la clé de voûte reste la “science” (al-‘ilm), qu’il faut acquérir par tous les moyens et dans tous les domaines, et la coopération avec les pays arabes. Al-Fudhayl conclut son rapport en s’excusant de l’avoir rédigé à la hâte et dans un état de “perturbation”. Aussitôt présenté à l’Imam le rapport est rendu public et publié dans nombre de journaux. Au Caire, c’est Hassan al-Banna en personne qui le présente aux lecteurs d’al-Ikhwân al-Muslimûn, organe de l’organisation, dans le numéro daté du 16 ramadan 1366/3 août 1947 (Thalâth, ibid, p.315-317) : “Les circonstances ont permis à notre ami al-Fudhayl al-Wartilani de visiter le Yémen en compagnie de notre collègue le professeur Ahmed Fakhry et avec l’accord de l’entrepreneur musulman à succès (al-muslim al-fâ‘il al-iqtisâdî al-nâjih) aux affaires réussies Hadj Salim Salim dans une mission économique réformatrice dont nous escomptons les meilleurs effets pour l’avenir du Yémen. (…) Sayyid al-Fudhayl, avec sa loyauté, sa foi et son attachement à l’intérêt général des peuples musulmans et des nations arabes, et sa longue expérience de ces affaires (a pu) présenter à sa Majesté l’Imam une image claire et détaillée de tout ce qui doit être fait” (Thalâth, p.316).

Al-Fudhayl réussit à rassembler les grands commerçants et les dignitaires de Sana’a dans la maison de Sayyid Husayn al-Kibsi et à créer la “Société yéménite pour le commerce, l’industrie, l’agriculture et les transports” avant de demander à l’Imam l’autorisation de regagner le Caire en vue de présenter les résultats de sa mission à Hadj Salim Salim et de recruter un directeur et des employés pour gérer la nouvelle société.

Le contenu du rapport présenté à l’Imam ne fait que refléter les lignes directrices d’une charte politique clandestine qu’al-Wartilani était en train de soumettre aux principales personnalités du pays et à laquelle devra se soumettre le futur Imam. Al-Shâmî, assure qu’il n’était pas au courant du projet de “pacte national” avant le second voyage d’al-Wartilani au Yémen, mais n’exclut pas son existence dès le premier séjour (Shâmî, p.208-209). Peut-être a-t-il existé sous forme d’esquisse ou de brouillon dont le contenu a été discuté avec les responsables de l’opposition.

Ce qui semble certain c’est qu’il a fait l’objet d’un examen entre al-Banna et al-Wartilani, qu’il a été soumis au patron de la Ligue arabe, Abd al-Rahman Azzam, à certains hommes politiques d’Egypte, de Palestine, de Syrie et d’Irak. Tous ont donné leur aval, manifesté leur accord et promis leur aide pour le futur gouvernement qui succédera à l’Imam Yahya (lettre de Abd Allah Ali al-Wazir à al-Hakimi in Thawra 1948, 1982, p.468-488).

Al-Wartilani retourne au Yémen au mois de septembre 1947 et ne le quittera plus qu’après l’instauration de l’Imamat constitutionnel et son échec. Il suit le même itinéraire que la première fois : Aden-Taez-Sana’a, et revoit les mêmes personnages, décidé cette fois-ci à arriver à un accord unanime sur les principes et les modalités du futur changement. Les liens se renforcent avec les Frères Musulmans, et Hassan al-Banna se voit nommé porte parole de la “Grande association yéménite” auprès de toutes les instances arabes, la Ligue arabe et ses gouvernements (Manqûsh, 1979 ; p.191, citant Sawt al-yaman du 16 novembre 1947).

La “Société commerciale” est officiellement inaugurée, mais ne semble pas avoir soulevé l’enthousiasme des commerçants yéménites méfiants, si l’on en juge par le communiqué officiel qui prolonge les délais de souscription (Thawra, op.cit., p.606). Cependant al-Fudhayl ne semble plus s’intéresser qu’à l’aspect politique de sa mission. Il montre le brouillon du “Pacte national sacré” à son compagnon al-Shâmî et lui apprend qu’il a déjà obtenu “l’adhésion de la plupart des grands hommes du Yémen” (Shâmî, p.212-213).

Celui-ci met le texte au propre, et c’est cette copie manuscrite qui circulera et fera l’objet de nombreux amendements et ajouts. Oulémas, chefs de tribus, Sayyids, commerçants et officiers de l’armée sont désormais organisés au sein de cellules qui communiquent entre elles par l’intermédiaire “d’officiers de communication”, tous connus d’al-Wartilani. La version définitive du Pacte et sous laquelle il sera publié, est prête en novembre 1947 (Muharram 1367) ; une copie en est envoyée au groupe d’Aden et une autre à Hassan al-Banna au Caire. (Shâmî, 1985, p.212-213).

Un peu plus d’un mois plus tard, soit le 15 janvier 1948, le bruit court à Aden que l’Imam Yahya est mort et la direction des Yéménites libres (le prince Sayf al-Haqq, Nu‘man et al-Zubayri) décide de publier le Pacte National Sacré en annonçant la nomination de Sayyid Abdallah al-Wazir comme nouvel Imam constitutionnel. Le lendemain Sawt al-Yaman à Aden et al-Ikhwân al-Muslimûn au Caire publient simultanément le texte du Pacte et les listes des nouveaux dignitaires du régime (Voir Annexe N° 1 ci-dessous). La nouvelle s’avère fausse et il semble bien qu’elle fût intentionnellement propagée par le prince héritier Ahmad et ses agents pour dévoiler ce qui se tramait derrière le dos de son père et prenait l’allure d’une vaste conjuration (entre autres, Shâmî p. 218- 219 ; Douglas in Thawra, p. 250-262 ; Douglas, 1987, p. 134-135 ; Shammahi, p.222-223 etc.).

Désormais, les conjurés potentiels sont dans l’obligation de le devenir en acte afin de prévenir toute réaction de la part de la famille royale. Ils ne peuvent plus attendre tranquillement la mort de l’Imam, ils doivent la précipiter et le coup d’Etat devient inévitable. Le 17 février 1948, l’Imam Yahya est assassiné et le nouveau régime constitutionnel proclamé. Conformément au Pacte sacré, prématurément annoncé, le nouvel Imam, le nouveau gouvernement et les nouveaux hauts fonctionnaires entrent en fonction. Al-Fudhayl al-Wartilani est nommé “Conseiller général de l’Etat Yéménite” (Shâmî, p.212-213), c’est-à-dire l’éminence grise du nouveau pouvoir “révolutionnaire”, comme il a été l’artisan de son avènement.

Les Frères Musulmans égyptiens s’impliquent pleinement dans le mouvement et essaient d’intervenir auprès de leur gouvernement et surtout de la Ligue arabe pour venir au secours du nouveau régime. Ils louent un avion et envoient une délégation de journalistes dirigée par Abd al-Hakim, secrétaire général de l’Association, qui devient le principal speaker de radio-Sana’a, aidé en cela par des enseignants égyptiens détachés au Yémen, tous Frères Musulmans, parmi lesquels Mustafa Shak’a, auteur d’un témoignage vivant et pittoresque sur son séjour au Yémen (Shak’a in Thalâth, p.13-197).

Mais il est clair que, malgré l’adhésion de la capitale et le rôle éminent joué par l’Irakien Jamal Jamil, patron de l’armée, dans l’organisation de la résistance, les responsables du nouveau régime mettaient tous leurs espoirs dans la Ligue arabe et les “Etats frères” pour les défendre et envoyer des avions “pour faire peur aux tribus” mobilisées par le contre-Imam Ahmad et qui commence à menacer la capitale. Ils vont devoir bientôt déchanter.

En attendant, le guide des Frères semble avoir été empêché de se rendre au Yémen (Muhsin, 1987, p.254.), et la délégation de la Ligue arabe, malgré les bonnes intentions de son Secrétaire Général est retenue en Arabie Saoudite. Sur ces entrefaits, l’Assemblée consultative décide d’envoyer une délégation composée de Abdallah Ali al-Wazir, M. Mahmud al-Zubayri et al-Fudhayl al-Wartilani à Ryadh pour convaincre le roi Ibn Saoud et la Ligue d’intervenir. Les trois délégués s’aperçoivent assez vite que les “Rois arabes” avaient pris leur parti de retarder toute intervention en misant sur le prince Ahmad et ses partisans et leur capacité de renverser le nouvel ordre constitutionnel en l’espace de quelques jours. La délégation multiplie, en vain, ses appels aux responsables de la Ligue. Les tribus continuent leur avance sur Sana’a qui ne tardera pas à tomber dans leurs mains (Thawra, p.484-485). On connaît la suite…

Reste à connaître le sort d’al-Wartilani après l’échec du mouvement dont il a été l’instigateur, et l’attitude des Frères Musulmans accusés par la presse et les partis égyptiens d’avoir trempé dans un complot avorté. Pour le premier, on sait qu’il a été prié, avec ses deux compagnons, de quitter le territoire saoudien dès la nouvelle de la chute de Sana’a.

Ils ont dû donc se replier sur Aden où les autorités britanniques ne tenaient nullement à accueillir des ” conspirateurs”, complices du meurtre de l’Imam Yahya et recherchés par le nouvel Imam Ahmad. Al-Zubayri et Abdallah Ali al-Wazir prennent l’avion pour l’Inde, tandis qu’al-Wartilani obtient un visa pour aller au Liban. Il s’embarque sur le bateau al-Zamâlek, mais grande est sa surprise lorsqu’on lui apprend qu’il est “persona non grata” partout où il va : les Britanniques à Aden, la police égyptienne et les autorités libanaises lui interdisent de débarquer sur leur territoire. Pendant plusieurs mois, il sillonne les mers avec l’équipage du al-Zamâlek en adressant des dizaines de messages à tous ses amis, parmi lesquels se trouvent de hauts responsables en Egypte et au Liban. Al-Shâmî a trouvé chez Muhammad Ali Tahir un certain nombre d’entre-eux (al-Shâmî, op.cit, p.306-312).

Quant aux Frères Musulmans, ils doivent d’une part sauver leurs envoyés à Sana’a après la chute de la ville, et d’autre part faire face à la campagne déclenchée contre eux par le prince Abdallah, frère et représentant du nouvel Imam Ahmad au Caire, et les journaux qui leur sont hostiles. Hassan al-Banna est accusé d’avoir reçu 100 000 guinées envoyées par l’Imam éphémère Abdallah al-Wazir9 (al-Balagh du 5 avril 1948, cité par Yûsuf, 1997, p.200-201).

Le guide des Frères Musulmans réagit et essaie de louvoyer en disant que leurs envoyés Abd al-Hakim Abidin et Amîn Ismaîl accomplissaient “une mission d’information et de médiation visant à arrêter l’effusion du sang des musulmans et à réconcilier les parties en lutte” (al-Ikhwân al-Muslimûn du 7 avril 1948 in Yûsuf, op. cit., p.203-204). En fait, écrit-il par ailleurs : “Le coup d’Etat a eu lieu au Yémen et le rôle joué par les Frères Musulmans n’a été, du premier jour jusqu’à cette heure, que celui de conseiller loyal” (Yûsuf, op. cit., p.205).

Prisonnier, malgré lui, “entre ciel et mer”, al-Wartilani pensait que seule l’intervention des amis pouvait le sauver : “s’il s’avère difficile d’obtenir quelque chose des pays arabes, vu que la complaisance entre eux est totale, frappe à d’autres portes, l’Inde, le Pakistan, la Birmanie, Ceylan, l’Indonésie, l’Albanie ou à certains pays occidentaux comme la Suisse ou l’Amérique en demandant pour moi l’asile politique, qui jouit en ce vingtième siècle, de la considération des Etats civilisés…” (op. cit., p.307).

Si des frais sont nécessaires, al-Wartilani conseille à son ami M.A Tahir de s’adresser à Hadj Salim, son associé, ou à d’autres grands commerçants égyptiens ou maghrébins : ” Demandez ou faites demander un prêt… je peux rembourser ; j’ai dans mon pays des biens qui équivalent, grâce à Dieu, à 100 mille guinées”. Al-Wartilani ne demande qu’à être entendu pour crier son innocence : “Dieu sait que je n’ai commis aucun crime ni au Yémen ni en Egypte ni dans aucun pays arabe ou musulman”. Il refuse de se rendre aux autorités yéménites, car il n’y a ni justice ni droit au Yémen, mais accepte de comparaître devant la justice égyptienne pour vérifier qu’il n’a jamais rien fait de “suspect” durant son séjour (lettre du 5.5.1948 in Shâmî. p.308-309).

Il demande l’intervention des chefs nationalistes maghrébins du Caire : l’émir Abd al-Karim (Khattabi), (Allal) al-Fassi, (Habib) Bourguiba, Sayyid al-Khidr (Ibn Husayn) etc., mais il ne semble pas qu’ils aient fait la moindre démarche en sa faveur : “Je m’attendais, écrit-il dans une autre lettre, à ce qu’ils fassent le tour de l’ensemble des pays arabes pour me soutenir dans mon épreuve” (ibid p.311).

Enfin, avec la complaisance de Riyadh al-Sulh, chef du gouvernement libanais, et l’intervention de hautes personnalités arabes, al-Wartilani arrive à quitter le al-Zamâlik et se réfugie à Beyrouth en juin 1948. Une lettre datée du 31 mars 1951, toujours adressée à M. A.Tahir, l’homme lige du nationalisme maghrébin, nous apprend qu’al-Wartilani s’est rendu à Grenade et à Tanger. La même année, l’Imam Ahmad décrète une amnistie concernant certains condamnés de 1948, parmi lesquels al-Wartilani. Mais, Cheikh M. Bashir al-Ibrahimi rejette cette amnistie comme une “insulte”.

“Nous déclarons au nom d’al-Fudhayl al-Wartilani, de par notre droit de paternité, qu’il mérite d’être innocenté et des excuses et non une amnistie” (Ibrahimi, p.687-690). En 1953, il signe avec le même Ibrahimi un télégramme de protestation contre la condamnation du chef islamiste pakistanais, Abu-l-A‘la al-Mawdûdî dans l’affaire dite des Qadiani (Ibrahimi, op.cit., p.697). De fait il n’a cessé de se déplacer dans les pays d’Orient et d’Occident jusqu’à son retour en Egypte après la “Révolution des Officiers libres”. Mais la lutte à mort engagée entre les Frères Musulmans et Nasser en 1954 l’oblige à s’exiler de nouveau au Liban.

La lutte armée éclate en Algérie le 1er novembre 1954 et, quoique membre de l’Association des Oulémas, al-Fudhayl déclare son adhésion à la déclaration du FLN et se voue corps et âme à cette lutte, à partir de son exil libanais. Il multiplie conférences, articles et interviews, au Liban comme en Syrie en faveur de la cause algérienne. Nous ne savons pour quelle raison précise il a quitté Beyrouth pour s’installer à Istanbul où il meurt, dans la solitude, dans un petit hôtel, en 1957 : “La mort l’a rejoint dans la solitude, excepté deux amis arabes qui ont assisté à la modeste cérémonie d’enterrement ; dans la pauvreté excepté cinq guinées que les mêmes amis ont distribuées aux pauvres présents lors de l’enterrement” (Maqalih, 1988, p.169).

 

Bibliographie

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3- al-Ibrahimi, Muhammad al-Bashir :Min âthâr M.B. Ibrahimi. Uyûn al-Basâ'ir. T.2, Alger.

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6- Muhsin, Muhammad :Man qatala Hasan al-Banna. Dar al-Shurûq, Le Caire, 1987.

7- al-Shâmî, Muhammad Ahmad :Riyâh al-taghyir fi-l-Yaman. 2ème édition, Beyrouth, 1985.

8- al-Shammâhi, abdallah Ali :Al-Yaman : al-Insân wa-l-Hadhâra, Le Caire, 1972.

9- al-Shâwî, Tawfiq :Nisf qarn min al-amal al-islâmi. Dar al-Shurûq, Le Caire, 1998.

10-Thalâth Wathâ'iq arabiyya an thawrat 1948, 1985.

a.Mughâmarât Misrî fî majâhil al-Yamande Mustafa al-Shak'a.

b.al-Inqilâb al-akhîr fî-l-Yamande Râshid al-Barâwi.

C.Taqrîr an al-Yamande al-Fudhayl al-Wartilani.

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11-Thawrat 1948 : Al-Mîlâd, al-Masîra wa-l-mu'athirât. Centre d'Etudes et de Recherches Yéménites. Sana'a, 1982.

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13- Yûsuf, al-Sayyid :Al-Ikhwân al-Muslimûn Hal Hiya Sahwa islâmiyya ? T.4 :Al-jamâ'a wa Harakat al-Taharrur al-Watani. Le Caire, Al-Mahrûsa, 1997.

14- al-Zubayri, Muhammad Mahmûd :Ma'sât Wâq al-Wâq, 2ème édition, Beyrouth, 1978.

Notes :

1 Nationalisme algérien, maghrébin, pan-arabe et pan-musulman.

2 Diplôme de fin d’études d’al-Azhar qui donne le titre de ‘âlim c’est-à-dire Docteur de la loi.

3 3De fait la relation entre les Frères Musulmans et le Yémen remonte à 1938 lorsqu’à l’occasion du Congrès parlementaire international sur la Palestine, les princes Ahmed et Abdallah fils de l’Imam Yahya vont à Londres. Les Frères Musulmans délèguent Mahmud Abu-Suûd comme secrétaire et interprète (Abd al-Halim, 1981, t1 p.401).

4 "Une fois, je lui (à Zubayri) ai demandé : " quelle est la plus grande personnalité que tu aies rencontré en Egypte? Je m’attendais à ce qu’il dise Hasan al-Banna ou al-Maraghi, ou Ali Mahr ou Al-Akkad et d’autres grands noms parmi lesOulémas, les leaders politiques ou les hommes de lettres... Mais Zubayri dit : la plus grande personnalité que j’aie connue est Sayyid al-Fudhayl al-Wartilani. Comme je n’avais jamais entendu ce nom j’ai demandé : et qui c’est ce Wartilani? Il me répondit : un leader algérien, qui s’est réfugié en Egypte fuyant la France peu avant la Seconde Guerre mondiale, que j’ai rencontré au Caire au cercle de M.A. Tahir et Shakib Arslan (...) puis il a ajouté : je ne pense pas qu’il existe son pareil dans le monde musulman, en matière de savoir, de perfection, de loyauté, de prestige et de majesté " (Shâmî, 1985, p.199.). Plus tard Zubayri confirmera cette impression en écrivant dans son roman utopiqueMa’sât wâq al-wâq: " Maintenent je perçois tout, et les énigmes se dénouent l’une après l’autre sous mes yeux. Les quatre géants qui ont présidé (à ma transformation) et m’ont fait accéder à la pureté de l’esprit sont : Jamal al-Din al Afghani, Muhammed Abduh, al-Kawakibi et al-Fudhayl al-Wartilani... " (Zubayri, 1978, p.45).

5 Voir à ce propos son ouvrage (Shâmî, 1985). Un des témoignages les plus complets sur le mouvement et sur la société yéménite de la première moitié du siècle.

6 Voir Annexe n°2 : Témoignage d’al-Shâmî sur al-Fudhayl al-Wartilani, ci-dessous.

7 C’est-à-dire un Sayyid, ‘âlim, courageux et autres qualités requises par la doctrine zaydite de l’Imamat.

8 Ibid., p.298.

9 Sur cet épisode, lire la mise au point de Abdallah Ali al-Wazir dans sa lettre à al-Hakimi qui montre que l'argent destiné à acheter des armes n'est jamais arrivé à son destinataire et a été remis à l'Imam Ahmad. (inThawra, p.486)

Pour citer cet article

Référence électronique

Mohamedal-Ahnaf, « Al-Fudhayl al-Wartilani, un Algérien au Yémen »,Chroniques yéménites[En ligne], 7 |  1999, mis en ligne le 31 août 2007, Consulté le 08 juin 2011. URL : http://cy.revues.org/44

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