Mouvement réformiste musulman

Par: Cheikh Abderahmane Chibane-

Les oulémas et la guerre de Libération Dirigée par les deux éminents présidents, le vénérable cheikh Abdelhamid Ben Badis et le cheikh Mohamed Bachir El Ibrahimi, l’Association des oulémas musulmans d’Algérie déploya son action dans les domaines de l’éducation (enseignement de la langue arabe et de l’Islam réformiste dans les écoles libres ouvertes un peu partout), la prédication religieuse et la vulgarisation de l’histoire nationaleL’Association des oulémas musulmans d’Algérie, dont la création remonte au 5 mai 1931, est une association nationale à caractère culturel (réformiste islamique), éducatif et social.

Elle est la doyenne des associations nationales et représente la tendance arabo-islamique dans le Mouvement national algérien, dont elle constitue une principale composante, formée quelques mois après la prétentieuse et tapageuse célébration du centenaire (5 juillet 1830-5 juillet 1930). Elle fut une réponse décisive aux mentors de la colonisation qui croyaient avoir rayé l’Islam et le peuple algérien de l’histoire. Dirigée par les deux éminents présidents, le vénérable cheikh Abdelhamid Ben Badis et le cheikh Mohamed Bachir El Ibrahimi, elle déploya son action dans les domaines de l’éducation (enseignement de la langue arabe et de l’Islam réformiste dans les écoles libres ouvertes un peu partout), la prédication religieuse et la vulgarisation de l’histoire nationale. l’Islam est notre religion ; l’arabe, notre langue ; l’Algérie, notre patrie. Tel était le principe de l’action de l’Association sans être un parti politique. Elle a appuyé les revendications défendues par les élus et les partis politiques. Le cheikh Abdelhamid Ben Badis a encouragé la formation du Congrès musulman algérien qui a rédigé une charte revendicative, politique, sociale, culturelle et économique (1936) et a présidé la délégation qui s’est rendue à Paris pour la présenter au gouvernement français en vue de réfuter toute confusion au sujet de la position de l’Association vis-à-vis d’un certain projet politique assimilationniste. Le cheikh Abdelhamid Ben Badis a fait une déclaration retentissante dans laquelle il a notamment dit : « L’Algérie n’est pas la France. L’Algérie ne peut pas être française même si elle le voulait... »

Décédé le 16 avril 1940, le cheikh Abdelhamid Ben Badis a été remplacé par le cheikh Mohamed Bachir El Ibrahimi, élu par ses pairs comme président. Au cours de la guerre 1939-45, l’Association a été contrainte de limiter son action à cause de l’oppression et aussi de la situation économique défavorable. Elle n’a repris ses activités qu’après le débarquement anglo-américain de novembre 1942 et déploya de grands efforts pour relancer la création d’écoles libres (medersas) et appuya le projet politique du Manifeste du peuple algérien et son mouvement les Amis du Manifeste, qui a revendiqué l’indépendance tout en gardant des liens avec la France. Après les douloureux évènements de mai 1945 au cours desquels les militants de l’Association ainsi que tout le mouvement national ont connu exil, prison et fermeture des écoles libres, l’action a repris avec encore plus de vigueur malgré l’opposition d’un colonat retardataire et d’une administration sourde à toute revendication. C’est ainsi que l’Association a créé l’Institut Ben Badis à Constantine et a donné une organisation unifiée aux écoles et medersas libres, tout en participant à l’action revendicative politique avec l’ensemble du Mouvement national. Le dialogue avec le gouvernement français et l’administration coloniale ayant échoué suite au refus d’appliquer les modestes ouvertures du « statut de l’Algérie », le président cheikh Bachir El Ibrahimi prit le chemin du Caire pour défendre les projets de l’Association, notamment dans le domaine de l’éducation, et demander l’appui des pays frères. L’Association ayant un bureau au Caire dirigé par cheikh Foudil El Wartilani, la présence du président El Ibrahimi a permis de mieux faire connaître le problème algérien aux responsables de la Ligue des Etats arabes et de faire connaître l’Algérie à l’élite égyptienne, qui a proposé et désigné cheikh Bachir El Ibrahimi membre de l’Académie de la langue arabe, reconnaissant en lui un savant émérite de la langue arabe et de son héritage culturel et scientifique. l’association pendant la guerre de libération La revendication politique ayant échoué et le dialogue avec l’administration coloniale et le gouvernement français rompu, le Mouvement national algérien n’avait d’autre alternative que la lutte armée. Et c’est ainsi que l’avant-garde révolutionnaire a proclamé le déclenchement du combat libérateur le 1er novembre 1954. Profitant d’une situation intérieure et extérieure favorable, l’Association des oulémas, dont l’objectif lointain de son action depuis sa création en 1931 étant la libération du peuple algérien du joug colonial, comme l’a proclamé haut et fort le premier président de l’Association cheikh Ben Badis en 1937 dans son poème patriotique intitulé Chaâb El Djazaïr mouslimoun, s’adressa à la jeunesse algérienne et l’exhorta à « combattre les oppresseurs par tous les moyens pour les chasser de notre patrie (l’Algérie). » Par ailleurs, le président actuel de l’Association a précisé, dans un article publié en 1948 dans Al Bassaïr, organe officiel de l’Association, que l’Islam est la religion du djihad et de l’ijtihad.

I - Le cheikh Foudil El Wartilani, président du bureau de l’Association au Caire, a dès le 2 novembre 1954 publié un communiqué proclamant l’appui de l’Association à la Révolution armée et appelant le peuple algérien à s’engager dans le djihad libérateur (la lutte armée) que lui imposent sa foi, son passé et sa dignité.

II - D’autre part, le cheikh Foudil El Wartilani a lancé un deuxième appel s’adressant :

1- au peuple et au gouvernement français

2- aux peuples frères tunisien et marocain les engageant à appuyer la Révolution algérienne

3- aux pays frères arabes et musulmans et à leur gouvernement pour accorder soutien moral, matériel et diplomatique à la Révolution algérienne.

III - Le 15 novembre 1954, le cheikh Bachir El Ibrahimi et le cheikh El Wartilani ont lancé un appel au peuple algérien à partir du Caire pour lui rappeler tous les méfaits du colonialisme français en Algérie et l’inciter à s’engager sans hésitation dans la lutte armée.

IV - Enfin le 17 février 1955, date de la signature au Caire du pacte du Front de libération de l’Algérie par MM. Mohamed Bachir El Ibrahimi, Foudil El Wartilani, Ahmed Mezghana, Mohamed Khider, Hocine Aït Ahmed, M’hamed Yazid, Chadli Makki, Hocine Lahouel, Ahmed Ben Bella et Ahmed Bayoudh, pacte qui déclare que les organisations et partis du peuple algérien constituent un seul bloc et front dans le combat libérateur et luttent pour la libération du peuple algérien de tout asservissement étranger par tous les moyens. Les membres de l’Association se trouvant à l’étranger se sont mis à la disposition de la Révolution dans tous les domaines : diplomatique, liaison, information... En Algérie même, dès le déclenchement de la lutte armée, de nombreux étudiants de l’Institut Ben Badis ont rejoint les maquis algériens tandis que les militants et membres des écoles libres se sont engagés dans les cellules urbaines. Aux maquis, dans les campagnes, de nombreux dirigeants de la Révolution ont été des responsables de l’Association. Parmi les nombreux martyrs de l’Association, on doit notamment citer le cheikh Larbi Tébessi, président par intérim, Lamoudi, ancien secrétaire général de l’Association, ainsi que de nombreux enseignants, parmi lesquels Réda Houhou, El Aâggoun, Bouchama et cheikh Larbi Chérif. D’autres combattants ont succombé au cours de la lutte. L’Association a ainsi honorablement rempli sa mission au sein du Mouvement national algérien lors du combat libérateur. L’Association des oulémas active toujours et maintient le flambeau de l’Islam novateur et libérateur grâce à la foi de ses militants.

 

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