CHEIKH LARBI TEBESSI:ISLAHISTE ET NATIONALISTE

CHEIKH LARBI TEBESSI:ISLAHISTE ET NATIONALISTE

Par : Nadjib ACHOUR –

Dans son ouvrage « Les  martyrs du Ma’ad Ibn Badis », le Cheikh Ahmed Hamani entendait rendre hommage à tous ses  maîtres et compagnons, morts durant la Révolution, avec pour ambition  de restituer  un fait historique souvent omis, le  prix du sang payé par l’Association lors de la Révolution.

En effet, l’Association des Oulémas fut endeuillée par l’assassinats de plusieurs de ses cadres, Ahmed Réda Houhou, Rabi Bouchama, le Cheikh El Adoui…  Et, ce fut l’un des  plus illustres d’entre eux qui disparut durant la Bataille, un des plus anciens compagnons du Cheikh Ibn Badis, le Cheikh Larbi Tebessi. Il fut considéré comme l’un des éléments les plus intransigeants de l’Association laissant le souvenir d’un ardent nationaliste habité par une ferveur religieuse quasi-mystique.

ANCRER LA DOCTRINE ISLAHISTE

Le cheikh Djadri Larbi Ben Belkacem, plus connu sous le nom du Cheikh Larbi Tebessi naquit en 1891 au douar Stah situé dans la commune mixte de Tebessa. Conformément aux hommes de sa génération, il effectua un périple estudiantin qui le mena d’abord en Tunisie puis en Egypte où il fréquenta la prestigieuse Université d’El Azhar. De retour en Algérie il décida de se lancer dans l’enseignement libre contribuant à  ancrer solidement la doctrine islahiste dont il assura le triomphe dans son fief de Tebessa. Partie prenante du combat de l’Association, il sembla toutefois détaché de l’effervescence qui accompagna la marche du Congrès Musulman. Fermement convaincu que son heure viendrait, il mit à profit le temps passé à Tebessa pour nourrir sa propre réflexion et ainsi adopter une autre approche du combat nationaliste où nul place ne devait exister pour le compromis.

Suite au décès du Cheikh Ibn Badis et à l’internement de son successeur à Aflou, le Cheikh El Ibrahimi, Larbi Tebessi se retrouva provisoirement à la tête de l’Association des Oulémas  Il fut soupçonné à tort en 1942 de se livrer à un trafic d’armes avec la Tunisie. Il fut arrêté et incarcéré le 24 mars à la prison militaire de Constantine.

«ALEM» (Savant) ET ACTEUR DE LA REVOLUTION

Aussitôt libéré, il rejoignit le mouvement des AML, et participa selon les autorités françaises à « l’échauffement des esprits » qui lui valut d’être arrêté de nouveau dans la foulée de la terrible répression du 8 mai 1945. Libéré le 18 mars 1946, il reprit ses activités et fut appelé par le Cheikh El Ibrahimi pour prendre la direction du Ma’ad Ibn Badis. Ce n’est qu’après le départ de celui-ci en 1952 pour le Machreq qu’il présida de fait, avec le Cheikh Kheirredine, aux destinées de l’Association sur le territoire algérien. Il imposa d’emblée sa marque et son style à l’action de l’Association des Oulémas, son discours se faisait plus belliqueux, prônant ouvertement la destruction du régime colonial.  Le Cheikh répondait ainsi aux aspirations d’une jeune génération d’étudiants qui rêvait d’en découdre avec le colonialisme français.

Lorsque la Révolution éclata, il maintint les activités de l’Association et se fit remarquer très tôt par des déclarations en faveur des combattants du FLN.  Demeuré fidèle à sa vision du monde où la nation devait être guidée spirituellement par les Oulémas, il acta sur le terrain l’adhésion de l’Association au combat révolutionnaire. Le Cheikh Larbi Tebessi fut arrêté le 4 avril 1957 par les forces colonialistes et son nom s’ajouta à celui des nombreux algériens qui disparurent lors de la Bataille d’Alger.

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