Benbadis ou la prévention contre l’extrémisme

Par H. Rachid –

L’imam Abdelhamid Benbadis, qui se faisait un point d’honneur à signer certains de ses articles Essenhadji, par référence à la grande tribu amazigh de ses lointains aïeux, demeure une grande figure de l’histoire algérienne.

Aux côtés de Ferhat Abbas et Messali El Hadj, Ben Badis était un fervent porteur dans les années qui ont précédé la révolution du 1er Novembre de la revendication d’émancipation de l’Algérie et de son peuple. Si celle-ci se limitait chez lui et ses compagnons comme Larbi Tebessi, qui sera assassiné par la France coloniale, ou cheikh El Bachir El Ibrahimi à l’aspect culturel, elle n’en fut pas moins importante. Beaucoup de ceux qui, quelques années après sa mort au mois d’avril 1940 dans sa ville natale de Constantine, prendront le maquis pour reconquérir la souveraineté spoliée étaient sortis des medersas et des instituts islamiques. Avec le mouvement des scouts, les ulémas ont cultivé des années durant les valeurs d’attachement de toute une génération à ses valeurs mises à mal par plus d’un siècle de colonisation et une œuvre méthodique de déstructuration.
L’Association des ulémas, dont Benbadis fut le premier président à sa création en 1931, avait entrepris la construction de milliers d’écoles dans de nombreuses villes et villages du pays, comme Dar El Hadith à Tlemcen, inaugurée en 1937. Elles furent un espace de préservation de deux fondements de l’identité nationale, l’Islam et la langue arabe. Par une activité éditoriale et une présence sur le terrain, les ulémas ont prêché un Islam ouvert à la modernité. Outre des imams, on peut citer des écrivains, des hommes de théâtre et des musiciens qui avaient su faire cohabiter la religion et les exigences du siècle.

Un phare pour les nouvelles générations
La réappropriation de la langue arabe et la défense de l’Islam n’étaient pas simplement inscrites dans la doctrine de l’association des ulémas. Elle était un dénominateur commun à tous les mouvements politiques formant l’éventail de la mouvance nationaliste. Il suffit de relire les textes et la presse de l’Udma, du PPA et même du PCA pour comprendre l’attachement à la langue arabe et à l’Islam. L’un et l’autre étaient perçus alors comme un rempart contre la naturalisation assimilée au mal absolu, même chez les élites occidentalisées. Le renoncement au statut personnel régi par la religion est un acte d’une gravité extrême. Valait alors mieux être français que « mtourni ». A l’ère de l’Indépendance, l’association des ulémas ne fut plus ce qu’elle était, ayant perdu depuis quelques années son influence avec la disparition notamment de ses structures éducatives et l’influence grandissante de courants s’abreuvant d’autres sources théologiques. Les idées de Benbadis ont néanmoins préservé un ancrage dans la société et l’appareil de l’Etat, notamment dans l’éducation nationale où les écoliers ont fêté depuis des décennies le 16 Avril, journée immortalisant le souvenir du Ilm et dédiée au savoir et à la science. A l’heure où l’Algérie et, au-delà, le monde musulman s’interrogent sur la place de la religion, Benbadis peut se révéler un phare pour éclairer les nouvelles générations. Sa conception de l’Islam est à rebours de celles qui ont perverti depuis quelques années le message coranique. Sa parole et ses actes ne sont associés à nulle violence qui dénature tant la religion de nos jours. En matière religieuse, l’association des ulémas a néanmoins toujours prôné un discours modéré. A l’heure des surenchères et des déviations, il peut s’avérer, par bien des aspects, comme un recours pour prémunir surtout la société algérienne des dérives de l’extrémisme.

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