Mokhtar Aniba le militant sincère

Comment pouvoir évoquer un père à qui je dois tout en ce jour anniversaire de sa mort survenue, le 27 septembre 2002, il y a exactement douze ans ? Ce n’est ni simple, ni supportable ! Très tôt, il m’a apprit à vivre avec un idéal : « Fais en sorte, que le contentement de Allah soit ton but premier et dernier. » Mokhtar Aniba était un père attentif. Très jeune, encore enfant, je savais que ma curiosité aboutirait toujours à une réponse raisonnable de sa part. Et très tôt aussi, j’ai appris à forger ma propre opinion à propos de tout, car j’étais assuré à chaque fois d’un fait, de pouvoir argumenter sereinement un avis admis et respecté .

Il y a deux qualités que Mokhtar Aniba a veiller par-dessus tout à me léguer, la droiture et la sincérité dans tout ce que j’entreprends. L’honnêteté est la clé de réussite ici-bas et dans l’au-delà quand bien même cela nous coûtera, nous devons persévérer dans la voie du Hakh.

Toue sa vie a été un combat pour le droit à la justice. Un jour que je l’interrogeais sur le premier novembre 1954, il m’avait fait cette remarque pertinente : « On ne doit pas exagérer en prétendant que le désir de se libérer du joug colonial Français était unanime ! Non ma fille, il y avait des Algériens qui ne voulait pas de liberté, il y avait des lâches et il y avait des arrivistes qui ont rejoint très tardivement les rangs des combattants authentiques et c’est triste de le dire, ce sont ses combattants de la dernière heure qui ont profités à tort et à travers de l’indépendance. »

En usant du terme du regretté Mr Ferhat Abbas, nous n’avons pas su ce que c’était l’indépendance, trop vite confisquée par un clan usurpateur. Nous n’avons pas su non plus comment reprendre nos destinés en nos mains. Mon père a toujours eu à cœur de garder le droit chemin en toute chose, né en plein colonialisme, il savait ce que c’était l’injustice et après 1962, il considérait son engagement humain et professionnel comme une constance de son devoir moral en tant que Moudjahid.

Parce qu’il était attaché aux idéaux de la déclaration du premier novembre 1954, il s’était fait un point d’honneur de résister à toutes les pressions et aux intimidations multiples. C’est pourquoi, il a rejoint les rangs de l’association Al-qiyam dés sa fondation en 1964 et a pris un soin particulier en veillant à l’imprimerie et à la distribution de la revue dont il était le gérant « Humanisme Musulman » porte-parole médiatique de l’association. Sa contribution était humble au regard du rôle capital qu’on joués des hommes valeureux tel que le professeur Hachemi Tidjani, Sheikh Abdel-latif Soltani, Sheikh Ahmed Sahnoun, Sheikh Souibah Hathwikh, Sheikh Ridha Fkih, Dr Amar Talbi. Pour Mokhtar Aniba, il était vital de renouer avec nos racines, tout en faisant redécouvrir aux Algériens et Algériennes leurs appartenances civilisationnels. De faire revivre les valeurs morales de l’Islam dans le vécu du croyant, c’est pouvoir adorer Allah en toute lucidité.

Et c’est cette vision qui a conduit mon père à consacrer son temps à sa retraite à écrire. Il voulait apporter un vrai éclairage sur des thèmes récurrents comme les droits de l’homme et les droits de la femme. Les deux brochures aux titres « Les droits de l’homme en Islam » et « Les droits de la femme en Islam » qu’il a imprimé sur son compte, ont contribués modestement à une meilleure compréhension du statut complémentaire de l’homme et de la femme en Islam.

Malgré son accident cardio-vasculaire, sa paralysie partielle et la perte du parler, Mokhtar Aniba a été une leçon de courage pour nous tous, en puisant dans sa foi suffisamment de force et de volonté pour reparler et marcher. La lenteur du mouvement ne l’a pas empêché d’écrire et de continuer à participer dans l’effort de secouer les consciences à travers des articles percutants.

Jusqu’à la fin, il consacra son temps à témoigner par écrit, il passait le plus clair de son temps entre jardiner, ses lectures et sa machine à écrire. Son exemple m’a servit de phare dans ma vie, et sa foi inébranlable en Allah le Tout-Puissant m’a guidée et m’a motivée. Il ne m’a jamais imposé quoi que ce soit, je me rappelle qu’un jour de sortie à Carthage (Tunisie), il m’avait fait ce conseil :

« En écrivant, essaie d’être au plus près des préoccupations des gens. Et apporte des réponses concrets aux milles maux dont on souffre, le verbe doit expliquer et éclairer Afaf et non pas seulement distraire. »

Grâce à ce précieux conseil, j’avais corrigé mon parcours et depuis je vis pour répandre le plus de bien autour de moi.

Mon père a rendu l’âme le 27 septembre 2002 correspondant à 20 Rajab 1423 à l’hôpital militaire Aïn Nâadja, il est parti rejoindre Allah la conscience tranquille et je dois à mon tour, tout entreprendre pour continuer dans sa voie, ne pas désespérer ni reculer et militer sincèrement pour le renouveau. Rahima Allah Mokhtar Aniba et qu’Allah le Tout-Puissant le récompense du Firdaouss Al-âala inshâallah.


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