L’Islamet la Révolution : lacontribution du cheikh BenBadis

L’Islamet la Révolution : lacontribution du cheikh BenBadis

Indéniablement, le cheikh Abdelhamid Ben Badis a contribué à faire de l’Islam une valeur centrale du nationalisme en énonçant son célèbre triptyque sur l’identité algérienne : « L’Algérie est ma patrie, l’islam est ma religion et l’arabe est ma langue ». Cette définition de la nation algérienne dépassa le cadre de l’Association des ouléma pour irriguer l’ensemble du mouvement national algérien[1]. Contrairement au nationalisme laïc de l’Occident, qui procédait d’une laïcisation des sociétés européennes, le nationalisme algérien puisait une grande partie de ses références dans l’Islam, en tant que religion et civilisation. L’Islam était considéré comme une des bases de l’identité algérienne.

Cette vision de l’Islam promue par le cheikh Ben Badis s’est transmise durant la Révolution algérienne puisque le FLN affirmait son orientation islamique dans son texte fondateur publié le jour du déclenchement de l’insurrection. Celle-ci avait été organisée par des hommes du Parti du Peuple Algérien (PPA) dont deux étaient fortement liés à l’Association des ouléma : Larbi Ben M’Hidi qui avait été l’élève du cheikh Moubarak al-Mili à Biskra ; et Mostafa Ben Boulaïd qui présidait la cultuelle d’obédience islahisted’Arris et que les services de renseignements français qualifiaient d’« ouléma-MTLD »[2]. Ces deux révolutionnaires du PPA, qui étaient issus de l’école du cheikh Abdelhamid Ben Badis, avaient indéniablement contribué à défendre l’orientation islamique du FLN. En effet, la déclaration du 1iernovembre 1954 affirmait vouloir « la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ».

Au-delà des textes politiques, l’Islam fut l’un des deux éléments fondamentaux de ce que Malek Bennabi appelait le « tacite fondement idéologique » de la Révolution algérienne. Selon lui, durant la Révolution, lemoudjahid, agissait « pour se lier à la promesse majeure [l’islam], il voulait mettre ainsi son militantisme, sa lutte, sa révolution, sa vie et sa mort en rapport avec une vieille promesse majeure qui date de quatorze siècles. […] la promesse majeure […] était le plus fort stimulant de la révolution non pas la promesse mineure. […] Le moudjahid savait qu’il luttait pour l’indépendance de son pays. L’indépendance de l’Algérie était la promesse mineure. Alors que la promesse majeure liait les moudjahidines avec […] les générations passées dans leur lutte et leur combat »[3].

Cette promesse islamique, qui anima le combat de milliers d’Algériens et d’Algériennes avant et pendant la Révolution, le cheikh Abdelhamid Ben Badis par son action en faveur de l’Islam et de la langue arabe contribua à la revivifier dans une Algérie colonisée où la France faisait tout pour l’effacer. En janvier 1937, en conclusion de son texte intitulé « Pour qui je vis ? », le cheikh Ben Badis posait la question : « Est-ce que vous vivrez comme moi pour l’islam et pour l’Algérie ? »[4]. Avec le recul de l’histoire, nous savons que des milliers d’Algériens et d’Algériennes, militants de différentes organisations et acteurs de la Révolution, ont répondu, en parole et en acte, positivement à cette question. Ces hommes et ces femmes vivaient et luttaient, comme le cheikh Ben Badis, « pour l’islam et pour l’Algérie ». Le grand mérite politique du cheikh Abdelhamid Ben Badis est d’avoir été l’un des premiers à poser cette question fondamentale qui a contribué à forger l’esprit révolutionnaire de milliers d’Algériens et d’Algériennes. En cela, l’apport du cheikh Abdelhamid Ben Badis à la lutte de libération nationale reste fondamental.

[1] En avril 2008, Abdelhamid Mehri nous expliquait que les valeurs sur lesquelles se fondait son nationalisme pouvaient être résumées par le triptyque dénoncé par le cheikh Ben Badis.

[2] Cf. Sellam Sadek, La France et ses musulmans, Un siècle de politique musulmane, 1895-2005, Alger, Casbah Editions, 2007, page 251

[3] Bennabi Malek, « Planification et idéologie », Conférence prononcée le 21 janvier 1973, devant les élèves officiers de l’Ecole militaire interarmes de Cherchell. In. Bennabi Malek, La réalité et le devenir, Alger, Alem el Afkar, 2009, pages 88-89

[4] Ben Badis Abdelhamid, « Pour qui je vis ? », ach-Chihab, janvier 1937, in. Ben Badis Abdelhamid, Textes choisis, op. cit., page 87.


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