BEN BADIS: LE PLUS GRAND D’ENTRE NOUS

BEN BADIS: LE PLUS GRAND D’ENTRE NOUS

Partout épinglé aux murs ou fixé sur un meuble, le portrait du Cheikh. Beau visage fin sur une main rêveuse, regard de douce nostalgie, partout, sur une humble photo tirée en carte postale par l’audace d’un studio anonyme, partout sa «présence» nous apportait la grande paix des certitudes».

Malek Haddad, dans sa chronique, du 15 avril 1967, parue dans le Quotidien Ann-Nasr en langue Française, rend un témoignage d’une grande beauté, à l’imam Ben Badis le qualifiant de « l’âme » de cette ville historique. Ce sont surtout et avant tout les souvenirs d’un enfant de Constantine, qui à l’instar de tous ses habitants, a vécu les épisodes d’une histoire de totale symbiose entre un éminent savant avec ses conci- toyens, et qui se caractérisera par une réelle vénération du Cheikh, et une grande complicité entre les deux paries. MALEK HADDAD ÉCRIT A CE SUJET :

« (…) Je me souviens d’abord, je me souviens surtout de ces petites boutiques dans lesquelles la pénombre a un goût de médiation. Bijouteries minuscules où le talent se grave dans le métal des rois, épiceries embaumées de girofle, phrases du petit cordonnier que le marteau ponctue de points de suspension ; salons de coiffure étriqués, hauts lieux des conciliabules ; cafés maures attentifs à la chanson qui venait du Caire ; gargotes équipées pour un festin de quatre sous ; arrière-salles mystérieuses comme un rendez-vous clandestin. Partout épinglé aux murs ou fixé sur un meuble, le portrait du Cheikh. Beau visage fin sur une main rêveuse, regard de douce nostalgie, partout, sur une humble photo tirée en carte postale par l’audace d’un studio anonyme, par- tout sa «présence» nous apportait la grande paix des certitudes».

« (…) Jamais un homme, dans cette ville qui a tant de mémoire et tant de souvenirs, ne fut mieux mêlé à sa sensibilité, à sa person- nalité même. C’est un saint, un savant, un guide, une âme… Les élèves, ses disciples sont nombreux certes, à Constantine comme dans toute l’Algérie, comme dans tout le Monde arabe et musulman. Mais c’est ici, chez nous, chez lui, dans cette citadelle de l’audace sage et de l’honneur, dans cette ville inapte par nature et par vocation à courber la tête, que sa présence amicale, familière revêt toute sa chaleur, il est aimé, il est respecté par ceux-là mêmes qui n’ont jamais eu l’occasion de lire ses ouvrages, de connaître ses travaux, par ceux-là mêmes qui n’ont pas eu le privilège de l’approcher, de lui parler (…) Il est partout. Il existe loin des gloires tapa- geuses et des célébrités surfaites. Il est entré chez lui, chez lui dans nos cœurs, chez lui dans ces maisons aux portes basses, sous ces voûtes qui soutiennent une espérance incassable, sur ces places vivantes où le ciel devient clairière, dans l’échoppe feutrée, dans l’école murmurante, au fond des ruelles, au fond des cours, au fond de la permanence rassurante de cette ville en vigie sur la plaine Dans une autre chronique, écrite bien auparavant, datée du 03 -02- 1966, il écrira aussi ces mots, dans lesquels, il qualifiera Cheikh Ben Badis du « plus grand d’entre nous », et rendons cette fois-ci un grand hommage, à son œuvre, en usant de cette formule magnifique et pleine de sens « Au petit matin de Novembre 1954, il n’y eut pas seu- lement le fusil. Il y eut d’abord le verbe ».

ÉCOUTONS-LE : «Par la bouche et par la plume d’un Algérien du plus grand peut être, les mots s’ordonnèrent dans la noble logique de leurs impératifs historiques. Il est des mots qui font de la musique, il est des mots qui s’enlisent dans la phrase creuse de la rhétorique sans fond, sans fin, sans fondements. Je sais aussi des mots qui éclatent comme des balles et des lumières. Des mots qui rassurent. Cette parole du Cheikh Abdelhamid Ben Badis par exemple : « L’Arabe est ma langue, l’Islam est ma religion, l’Algérie est ma patrie ». Le plus grand d’entre nous ne s’enfermait pas dans une définition. Il s’érigeait lui-même en programme. Au petit matin de Novembre 1954, il n’y eut pas seulement le fusil. Il y eut d’abord le verbe. La culture revenait chez elle en Algérie ».


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