Cheikh BENBADIS

Comment dégager une figure de Ben Badis qui soit valable pour ses compatriotes qui l’ont connu et pour la postérité ? En général c’est le recul qui dégage les grandes figures de l’enchevêtrement de lignes secondaires accidentelles qui brouillent leurs traits essentiels.

 Mais le temps n’est pas à notre disposition pour présenter un portrait assez épuré à des contemporains qui voient encore le Cheikh BENBADIS marchant de son pas menu par les ruelles de Constantine ,saluant ce groupe ,s’arrêtant à celui-ci pour demander des nouvelles d’un malade ou d’un absent.

Ce texte a été écrit à l’occasion du 13e anniversaire de la mort du fondateur de l’Association des Oulémas algériens

Car cet aristocrate berbère, ce constantinois raffiné avait le meilleur entregent et au plus haut point le sens de civisme.

Et, par-dessus tout il était croyant fervent .C’est assurément ce trait –là qui est essentiel pour l’étude d’une vocation qui marque, si puissamment l’Islahisme Algérien.

Mais à quelle source avait pris naissance cette vocation ? On aime, en général, y répondre par un détail biographique.

On sait, en effet, que le vénérable Cheikh était revenu, un peu avant la guerre de 1914 de l’Université d’EL-AZHAR où il avait brillamment achevé ses études commencées à la ZITOUNA.

Or, la vieille et prestigieuse institution égyptienne venait elle-même de subir des réformations radicales pour l’époque, sous la direction de son recteur Cheikh ABDOU et sous l’influence de DJEMEL EDDINE EL AFGHANI .

Si bien que lorsque BEN BADIS arrivait, il pouvait y trouver les éléments idéologiques de sa vocation.

Ceci est très possible.

Un autre détail biographique pourrait suggérer une autre réponse. Cheikh BEN BADIS était on le sait constantinois.

Mais on sait aussi que Constantine avait été, vers les années 1895-1900, le centre d’action « islahiste », avant la lettre grâce à deux personnages dont nous avions évoqué seulement les noms : Cheikh BEN BADIS et Cheikh ADEL-KADER MADJAWI(1).

On est donc fondé à se demander si cette action n’avait pas servi de prémisses à l’Islahisme proprement dit, soit directement dont les propres idées de BADIS soit indirectement dans l’ambiance où il avait grandi.

Cela nous mettrait alors en présence d’une source proprement NORD-AFRICAINE de tout le mouvement réformateur en ALGERIE.

On voit donc que du point de vue historique, on ne peut pas répondre sans hésitation. Laissons-là cette question si importante qui sera tranchée quand on disposera de la documentation nécessaire.

L’Islahisme a pu aussi, il est vrai, par l’intermédiaire de BEN BADIS, avoir sa source à la foie au Caire et à Constantine. Et pour notre part, nous croyons qu’il s‘agit d’une synthèse.

Quoiqu’il en soit, sans parler de son contenu philosophique, l’Islahisme algérien offre un aspect social qui mérite l’attention.

Si un phénomène social se justifie par la réponse qu’il apporte à un problème collectif, voilà l’Islahisme confirmé d’emblée par sa lutte quotidienne contre l’analphabétisme.

Il couvre, en effet aujourd’hui tout le territoire algérien d’un immense réseau de médersas où des milliers d’enfants musulmans viennent s’instruire.

C’est cet enseignement libre qui constitue le témoignage concret de l’œuvre de BEN BADIS puisque tout cet enseignement a été crée et est dirigé par l’Association des Oulémas qui garde précisément le nom de vénérable disparu comme le symbole de son idée et l’étendard de son action. Et ce n’est pas, certes pour une autre raison que la principale fondation de l’Association a vu le jour à Constantine est se nomme l’Institut Ben Badis , où l’élève de l’enseignement libre vient achever le cycle local de ses études pour aller ensuite à la Zitouna et à El-Azhar.

Comme on le voit l’œuvre déjà est immense. Surtout si l’on tient compte des derniers pas qu’elle vient encore de franchir, grace aux efforts patients de l’actuel président de l’Association des Ulémas, le Cheikh EL-IBRAHIMI qui a su profiter de son séjour en Orient pour organiser l’envoi de mission scolaire tant en Egypte que dans les autres pays du Moyen-Orient. On peut juger là de la vitalité de l’œuvre qui franchit son troisième pas dans l’espace de deux décades :

L’humble médersa, où l’on peut acquérir les rudiments de l’instruction primaire, l’Institut Ben Badis qui dispense une sorte d’enseignement secondaire et enfin , la chance pour l’élève pauvre d’accéder après ces deux degrés , soit à un enseignement supérieur islamique , soit à un enseignement technique , avec une bourse qui délivre ses parents de tout souci à son sujet.

A vrai dire, cette œuvre d’enseignement est un miracle. Arriver à un tel résultat, dans un pays où la pauvreté n’a d’égale que l’analphabétisme, n’est pas chose ordinaire.

Et le peuple Algérien qui sait apprécier un tel résultat, reconnait que ses sacrifices n’ont pas été dans ce domaine en pure perte , La medersa qui se peuple d’enfants justifie sans phrases, les sacrifices que tel petit centre à du faire pour la construire.

Et tout cela a pu être obtenu grâce à l’association des Ulémas et auréole la figure de son fondateur : BEN BADIS.

Il conviendrait encore d’ajouter à cette justification et à cette gloire la somme des efforts qui se dépense en France où des milliers de prolétaires algériens vont travailler et parfois même s’y fixent avec leurs formes et leurs enfants.

Une colonie nombreuse d’Algériens risquait en Métropole de se trouver peu à peu coupée de la spiritualité islamique.

Ce grave danger est maintenant écarté tout au moins en partie grâce à l’initiative des Ulémas qui ont aujourd’hui un peut partout en France leurs délégués et leurs foyers.

L’œuvre est assurément déjà suffisante pour immortaliser le nom du vénérable et regretté BEN BADIS

 

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